Le Temps: En Suisse, il faudra aussi investir, par exemple pour fluidifier la circulation dans les gares de Genève et de Lausanne. Quels sont vos projets?

Philippe Gauderon: Les agglomérations croulent sous le trafic, c’est une réalité. Avec Rail 2000, on a résolu certains problèmes de lignes, mais pas ceux des nœuds ferroviaires, donc des gares. A Genève, nous devons ajouter deux bordures de quai du côté des Grottes. Et ce que nous allons faire ces quinze ou vingt prochaines années à Lausanne est gigantesque. Nous devons rallonger les quais, construire une quatrième voie en direction de Renens, aménager un saut-de-mouton (ndlr: pour éviter les croisements), diviser les postes d’enclenchement en deux secteurs, refaire complètement les branchements. La gare pourra accueillir davantage de trains grandes lignes et RER ainsi que des convois de 400 mètres de long. Cela coûtera plus d’un milliard.

– De tels projets paraissent aujourd’hui prioritaires, mais différents milieux demandent de nouveaux investissements sur l’axe du Gothard. Est-ce raisonnable?

– L’axe Est-Ouest est l’artère vitale du pays, mais l’axe Nord-Sud a une dimension européenne qu’il ne faut pas négliger. Le Gothard est une étape importante. Mais il y a encore des problèmes à résoudre au Nord et au Sud, en Allemagne, en Suisse et en Italie. En Suisse, il faut mettre l’ensemble du tracé au gabarit de 4 mètres pour faire passer les conteneurs et les grands semi-remorques chargés sur le train. Or, sur les voies d’accès, de nombreux tunnels sont encore à 3 m 80. Et nous devons améliorer le réseau dans la région du lac de Zoug, où certains secteurs sont encore à voie unique. Si l’on veut que le nouvel axe ferroviaire par le tunnel de base soit efficace, il faut que ces aménagements soient achevés au moment de la mise en service du Gothard et du Ceneri. Ces travaux nécessitent plusieurs centaines de millions de francs et il faudra trouver un financement. Vous savez, en Suisse, il y a toujours une phase où l’on veut, l’on exige, et parfois l’on exagère, et puis à la fin, la raison triomphe.

– En Allemagne, les trains circulent à droite. L’Autriche va aussi rétablir la circulation à droite. Cela risque-t-il aussi de se produire en Suisse, où les trains roulent à gauche?

– Non. Les installations sont comme elles sont, et elles sont de plus en plus banalisées, de sorte que les trains peuvent circuler sur l’une ou l’autre voie. Et le changement de côté à la frontière allemande se fait facilement. Notez que, en Lorraine et en Alsace, les trains circulent à droite alors qu’ils roulent à gauche dans le reste de la France. Cela ne pose aucun problème.