Souvent accaparée par des séances de travail entre midi et 14 heures, elle déjeune rarement hors de l'Hôtel des Finances. Et lorsque l'occasion se présente, elle préfère choisir un restaurant à proximité. Avec Le Temps, la conseillère d'Etat Micheline Calmy-Rey a donc jeté son dévolu sur le restaurant Saint-Germain.

De son bureau, le chemin est court: cinq minutes à pied à travers le cimetière protestant de Plainpalais. Un cimetière qui aujourd'hui a plus l'aspect d'un parc que d'une nécropole. La présidente du gouvernement genevois apprécie cette rupture dans la routine quotidienne, d'autant que, ces jours, elle jongle avec les chiffres pour établir un budget d'Etat 2003 qui tienne la route. De plus, note-t-elle, traverser de temps en temps ce lieu, où sont inhumés plusieurs conseillers d'Etat dont Willy Donzé et Léon Nicole, mais aussi un certain Jean Calvin, pousse à la modestie, à relativiser les choses de ce bas monde.

Ni vin, ni vacances

La petite terrasse du Saint-Germain ouvre pour ainsi dire sur la résidence permanente des magistrats décédés. Si la ministre socialiste n'aime en principe pas manger en plein air, la fraîcheur de la mi-août l'en dissuade définitivement. Après un bref coup d'œil sur la carte des mets, elle s'est déjà décidée. Ce sera le plat du jour: un ragoût de cailles avec pommes de terre. Et comme pour confirmer que sa simplicité n'a pas été dénaturée par le pouvoir, pas de grand cru mais un Coca-Cola. «Boire du vin à midi m'empêche ensuite de travailler», s'excuse-t-elle.

Cette année, les vacances estivales se sont résumées à une courte semaine avec son mari et ses petites filles sur les bords du lac Majeur. Mais son intense activité de responsable des Finances ne semble pas lui peser. Besoin de se ressourcer? «J'aime ce que je fais», répond-t-elle, rappelant par cette réponse laconique un calligraphe chinois basé à Genève, qui s'étonne toujours du besoin qu'éprouvent les Occidentaux de devoir absolument prendre des vacances. Si Micheline Calmy-Rey travaille beaucoup, elle sait aussi le faire en musique, classique de préférence, le soir, quand elle est seule au bureau. «Je peux travailler en écoutant du Bach. En revanche, impossible de m'atteler à la tâche avec Wagner ou Beethoven, c'est trop passionnel.»

Les moyens d'être sociale

A l'époque, son collègue au sein du gouvernement, Guy-Olivier Segond, lui faisait observer qu'elle «était trop dans l'opérationnel», se souvient-elle. Mais elle admet ne pas pouvoir fonctionner autrement: «Si l'on veut changer quelque chose, il faut être là où les gens agissent.»

Si Micheline Calmy-Rey consulte brièvement les indicateurs économiques sur la chaîne américaine CNBC avant de se coucher, afin de s'assurer qu'elle retrouvera les Finances genevoises dans le même état que la veille, elle alimente aussi sa réflexion en lisant Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998. L'économiste indien répond en quelque sorte aux préoccupations d'une ministre socialiste des Finances, censée mener une politique sociale progressiste, certes, mais aussi se procurer les moyens financiers pour y parvenir.

Son enfance à Chermignon, en Valais, a aussi prédéterminé les principes de son action politique. «Cette période m'a appris à compter, car la vie y était rude.» D'où sa gestion prudente des deniers publics. Sa politique de provisionnement, par exemple, a fait l'objet de critiques répétées. Mais elle n'en a cure. Au contraire. Avec 1 milliard de provisions, elle est plutôt satisfaite et ne s'affole pas face aux sautes d'humeur de la Bourse. Reste la dette cantonale, qui dépasse les 9 milliards. Pour la réduire plus substantiellement, elle espère pouvoir compter sur l'or de la BNS.

Le détour de Berlin

Cette année, avant de se rendre à Berlin avec son fils pour assister à une représentation de Faust, elle a relu une traduction de l'œuvre de Goethe. Une traduction, car en dépit de son stage de fille au pair en Allemagne, elle ne maîtrise pas suffisamment l'allemand. Et l'actualité autour de la succession de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss ne l'a pas encore incitée à combler cette lacune. Ne manifeste-t-elle aucun intérêt pour la succession? «Je ne dirais pas ça», corrige-t-elle. Et l'arrivée du dessert (un faible avoué sans gêne), un chou à la crème sur coulis de framboise, permet d'esquiver le sujet.

Du départ futur de Ruth Dreifuss à la cause des femmes, le pas est vite franchi. Micheline Calmy-Rey rappelle qu'elle a milité très tôt au sein d'associations féministes, «mais le cadre était trop restreint». Dès lors, la perspective de pouvoir influer directement sur la promotion des femmes explique aussi pourquoi elle souhaitait siéger au sein de l'exécutif cantonal. Aujourd'hui, à voir sa fille mener de front sa carrière de médecin et de mère de famille, la situation semble avoir changé. Mais beaucoup reste à faire, prévient-elle.

Au moment de l'addition

Depuis décembre 2001, la présidence du Conseil d'Etat lui permet de découvrir une Genève internationale qu'elle connaissait finalement assez peu. Elle a ainsi apprécié la rencontre du secrétaire générale des Nations unies, Kofi Annan, qui est «resté fidèle à ses engagements et à ses idées».

Un esprit de cohérence que Micheline Calmy-Rey s'applique elle aussi à traduire dans les faits. Au Département des finances, elle est par exemple en train de mettre en place un code de déontologie afin d'aider les collaborateurs à gérer leurs relations professionnelles avec l'extérieur. Après les scandales de gouvernance qui ont éclaté sur la scène internationale, rien de tel que de prêcher par l'exemple. Invitée par Le Temps, Micheline Calmy-Rey insistera pour régler elle-même la note de son repas.