Alerté par des salariés, le syndicat Unia a dénoncé jeudi la volonté d’une entreprise active dans l’industrie alimentaire à Perly, dans le canton de Genève, de vouloir baisser les salaires des employés frontaliers pour tenir compte de la hausse du franc. Le syndicat appelle à s’opposer à ce dumping salarial.

Les établissements Fournier - Volailles Importation affirment qu’ils se réservent le droit de baisser les salaires des employés frontaliers «au prorata de la différence entre le taux plancher et les nouveaux taux qui restent à déterminer», selon une circulaire transmise aux médias par Unia. Cette baisse sera ensuite entièrement répercutée sur le prix de vente des produits, précise l’établissement.

Le prétexte invoqué est que le «pouvoir d’achat comme frontalier s’est accru massivement sans aucune contre-prestation». La diminution ne touchera pas les salaires au plancher salarial de la convention collective de la boucherie suisse, selon la circulaire adressée au personnel.

Unia Genève dénonce «la tentative scandaleuse de reporter les conséquences du renchérissement du franc entièrement sur le dos de travailleurs dont le niveau salarial est déjà extrêmement bas». Le syndicat critique aussi la discrimination que comporte cette décision de baisser les salaires d’une partie des salariés.

Mesure illégale

Unia Genève appelle les salariés du canton de Genève à refuser les tentatives de division entre les salariés résidents et les salariés frontaliers. Il souligne que la décision de l’entreprise «Volailles Importation» est illégale.

Selon le syndicat, un tribunal bâlois avait rendu une décision en 2012 en ce sens. Il avait argumenté que les variations de taux de change ne peuvent servir de justification à des réductions de salaire et qu’un tel procédé provoque une discrimination inadmissible.

Le tribunal avait ainsi confirmé le principe inscrit dans les mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes qui garantit aux étrangers comme aux Suisses d’être payés le même salaire pour le même travail. La juge avait en outre considéré que le report du risque économique sur les salariés était contraire à la loi.

Le personnel de l’entreprise se réunira mardi en assemblée générale. Il se déterminera sur les mesures à prendre pour s’opposer à cette décision, a indqiué Unia.

Pression énorme

Dans leur circulaire, les établissements Fournier - Volailles Importation expliquent à leurs collaborateurs qu’à la suite de la décision de la Banque nationale suisse (BNS), les biens produits et vendus en Suisse vont se trouver face à des produits importés moins chers. Le tourisme d’achat va en outre encore se développer.

«Nous allons subir une pression énorme de nos clients suisses pour baisser les prix, car le différentiel suisse/importation sera trop important», écrit l’entreprise. Elle affirme qu’il faut réagir dès le mois prochain, car «la survie de l’entreprise sera rapidement menacée».