L’événement s’est déroulé à huis clos, sur un alpage de Haute-Savoie, au-dessus d’Annecy, il y a une semaine. Quatorze des trente-six vaches laitières de l’éleveur Christian Rannard se sont lancées dans le vide, vraisemblablement effrayées. Elles ont péri et ont dû être hélitreuillées. Les raisons de l’affolement du troupeau ne sont pas établies. L’expert qui a examiné les animaux n’a pas décelé de morsures. Tout le monde sait, dans la région, qu’un loup rôde. Est-ce lui qui a effrayé les vaches ? Pourquoi se sont-elles jetées dans le vide et ne se sont-elles pas défendues ? Eléments d’explications avec Luc Gerber, vétérinaire SVH à la Clinique du Vieux-Château à Delémont, spécialiste des ruminants.

Le Temps : Avez-vous connaissance de cas de suicides de vaches ?

Luc Gerber : Non. L’événement que vous décrivez est exceptionnel, surtout pour des vaches adultes. Ce qui l’est moins, c’est la chute accidentelle d’un bovin isolé, dans une falaise par exemple.

Peut-on parler de suicide pour un bovin ?

Honnêtement non. Si elles ont à manger et à boire, les vaches sont calmes et à l’aise. Sauter dans le vide volontairement me paraît invraisemblable. Elles ont ainsi dû être apeurées. Et là, les hypothèses peuvent être nombreuses : un orage, un chien qui les poursuit, des bruits, des lumières inhabituelles dans la nuit.

Le loup a-t-il peu générer un tel affolement ?

Un chien, c’est possible. Le loup, je n’en sais rien. A ma connaissance, on ne connaît pas d’attaque de loup sur les bovins, qui plus est adultes.

Les vaches laitières seraient-elles devenues trop domestiquées, au point d’être vite affolées ?

A la différence des vaches allaitantes, plutôt sauvages et capables de s’attaquer à l’homme, les vaches laitières sont quasiment apprivoisées, avec un contact biquotidien avec l’homme. Cet écart de comportement et l’instinct de fuite face à la peur est encore plus marqué chez le cheval. Mais il n’y a là rien de récent.

Faut-il protéger les troupeaux bovins contre ce qui pourrait les effrayer ?

J’espère que l’événement de Haute-Savoie est et restera exceptionnel. La mesure que je conseillerais, c’est de clôturer les zones à risques. Une vache s’arrête devant une clôture, surtout si elle connaît son pâturage. Mais pas forcément un troupeau affolé, c’est vrai. Il faut également savoir qu’un bovin connaît son environnement. On a vu des vaches aveugles revenir à l’étable. Les vaches ont la mémoire des clôtures et n’ont pas pour objectif naturel de les franchir.