Le torchon brûle entre l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et l'UDC. De tout temps, l'association faîtière des PME a été proche des partis bourgeois. Son organe législatif, la Chambre des arts et métiers (99 membres), comprend des représentants du Parti radical, du PDC, de l'UDC et du Parti libéral. Son président actuel est radical: c'est l'ancien conseiller national appenzellois Hans-Rudolf Früh. Il a présenté sa démission pour la prochaine assemblée du 27 mai, qui marquera d'ailleurs le 125e anniversaire de l'organisation.

Le comité directeur a l'intention de présenter l'actuel vice-président, le radical nidwaldien Edi Engelberger, 64 ans, pour lui succéder. Mais la section argovienne lance l'UDC zurichois Bruno Zuppiger, délégué à la Chambre, dans la course. La section zurichoise, dont Bruno Zuppiger fut naguère le président controversé, est, elle, en discussion avec un autre représentant du même parti, Toni Bortoluzzi. Les trois hommes siègent au Conseil national.

Les contre-candidatures de l'UDC illustrent les reproches que ce parti fait à l'USAM. «J'ai le sentiment qu'elle n'a plus qu'un seul sujet d'intérêt: l'assurance maternité initiée par son directeur Pierre Triponez. Les autres thèmes importants passent au second plan. Or, nous avons cette année beaucoup de votes cruciaux qui nécessitent un engagement de tous. A mon sens, l'USAM ne fait pas suffisamment de politique économique», critique le secrétaire général de l'UDC, Gregor Rutz.

Le nouveau projet de congé maternité porte en effet la griffe du radical Pierre Triponez, qui n'en est pas peu fier. Il l'avait mis en route en compagnie de trois femmes, Jacqueline Fehr (PS), Thérèse Meyer (PDC) et Ursula Haller (UDC). L'UDC rejette cette nouvelle version pour des raisons avant tout idéologiques. Elle la considère comme une nouvelle assurance sociale fédérale. Pierre Triponez estime au contraire que c'est une aide pour les PME. «Aujourd'hui, les employeurs paient seuls les prestations liées à la maternité, qui leur coûtent 350 millions par an. Avec le nouveau projet, ces frais passeront à quelque 500 millions, mais ils seront financés paritairement par les cotisations de l'assurance perte de gain. Les employeurs seront allégés de 100 millions», argumente-t-il. Le message a passé au sein de la Chambre, compétente pour donner les mots d'ordre politiques: 80% de ses membres, parmi lesquels des UDC, ont approuvé le nouveau congé maternité. Si la tentative de l'UDC de s'emparer de la présidence réussit, il sera sans doute trop tard pour modifier ce mot d'ordre. Elle essaiera cependant de museler l'organisation, qui dispose d'un trésor de guerre aussi secret que considérable, afin qu'elle ne mène pas campagne avant la votation populaire, prévue le 26 septembre.

Ce sujet n'est pas le seul thème de discorde entre l'UDC et l'USAM. Celle-ci a présenté jeudi ses priorités pour l'année en cours. Elles consistent en un programme de croissance économique reposant sur dix piliers. L'assurance maternité en est un. Trois autres ne recoupent pas les thèses des démocrates du centre. Premièrement, l'USAM défend l'âge de la retraite à 67 ans, car c'est, dit-elle, le meilleur moyen de garantir l'AVS à long terme; l'UDC refuse tout relèvement au-delà de 65 ans. Deuxièmement, l'USAM rejette la hausse de la TVA pour l'AVS et l'AI mise au vote le 16 mai prochain, mais ne s'opposera pas si un nouveau projet d'augmentation réservé à l'AI est présenté par la suite; l'UDC refuse tout recours à la TVA pour les assurances sociales, AI incluse. Troisièmement, l'USAM défend l'extension de la libre circulation des personnes aux pays de l'Est; jusqu'à maintenant, l'UDC s'y est toujours refusée. «Nous combattrons le référendum, d'où qu'il vienne», avertit l'USAM.

Les six autres piliers du programme de croissance sont le paquet fiscal, que l'organisation défendra «avec détermination», assure son vice-directeur Marco Taddei, la résurrection du doublement du tunnel du Gothard, le refus de tout moratoire dans le domaine du génie génétique, la lutte contre les interdictions publicitaires, ainsi que le nouveau certificat de salaire et les crédits pour les très petites entreprises.