Malgré la pluie et le froid ambiants, Isabelle Moret a tenu à la force du symbole lors de sa désignation par le comité directeur du PLR vaudois en s’exprimant sous l’arche du pont Bessières. C’est ici, au Gymnase de la Cité situé juste à côté, qu’elle a obtenu sa maturité scientifique: «Je suis la première génération à avoir pu faire des études et choisir un métier dans ma famille», a-t-elle rappelé. C’est aussi là que passe le M2, le premier métro de Suisse, pour lequel elle s’est battue en tant que députée. Une décision courageuse à l’époque dans la mesure où les finances cantonales se trouvaient dans un état calamiteux.

Pour Isabelle Moret – comme pour le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet deux jours plus tôt –, cette première étape dans la course au Conseil fédéral a ressemblé à un tour de chauffe effectué en terrain conquis. Il n’y a pas eu de surprise devant le comité directeur du PLR vaudois. La séance a été très courte, durant moins d’une heure. Très vite, les deux autres candidats qui s’étaient mis à disposition, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro et le conseiller aux Etats Olivier Français, se sont ralliés à Isabelle Moret pour lui accorder leur plein soutien. Même si ni l’un ni l’autre ne sont venus partager l’apéro avec elle quelques heures plus tard…

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Ce «plafond de verre qu’il faut briser»

Durant son discours, la candidate vaudoise s’est montrée plus modeste que son rival genevois, qui la veille avait déjà endossé le costume de l’homme d’Etat déroulant sa vision pour le pays. Si jamais elle n’a mentionné l’atout femme, d’autres l’ont fait à sa place, notamment Roxane Faraut, la présidente des Femmes du PLR Vaud. «Il faut que les femmes arrêtent de regarder leur reflet dans ce plafond de verre qu’il est temps de briser», estime cette dernière.

«Isabelle Moret est une femme moderne et progressiste capable de concilier travail et famille avec énergie et compétence, relève Roxane Faraut, conseillère municipale à Nyon. Aujourd’hui, il est important de faire passer ce message: une femme avec deux enfants encore en âge de scolarité peut accéder à la plus haute fonction de l’Etat.»

De son côté, Isabelle Moret a insisté sur les deux défis principaux qui attendent la Suisse ces prochaines années: la révolution numérique et l’Europe. Toujours dans le symbole, la candidate avait accordé à la RTS une interview devant le Rolex Learning Center de l’EPFL, soit au cœur d’un lieu d’innovation par excellence: c’est ici que près d’un demi-milliard de francs a été investi en 2016 dans des start-up – un record en Suisse – et qu’un petit robot éducatif, baptisé Thymio, a été élaboré pour permettre l’enseignement des premiers pas du codage dès les classes primaires à l’école. «La Suisse a toutes les clés pour rester un leader de l’innovation dans le monde, mais l’Etat a un rôle important à jouer en favorisant les conditions-cadres», a souligné la candidate vaudoise.

Sur l’Europe, autre «défi prioritaire» de la Suisse, Isabelle Moret a pris soin de rester très prudente. Selon elle, la Suisse doit examiner sans tabous toutes les options, de la dénonciation de l’accord sur la libre circulation des personnes à l’adhésion à l’UE. «L’alternative n’est pas avec ou sans l’UE, mais comment», a-t-elle précisé. Personnellement, elle prône la poursuite de la voie bilatérale, mais elle estime qu’il faut présenter plusieurs pistes à la population, pour éviter que celle-ci ait l’impression d’être mise devant un fait accompli.

«Je ne suis pas une lobbyiste»

Discrètement, la candidate vaudoise, dont on sait qu’elle est présidente de l’association des hôpitaux H+, a marqué sa différence avec celui qui sera probablement son principal rival, Ignazio Cassis. Le président de la faîtière des caisses Curafutura, mandat pour lequel il touche 180 000 francs par an, doit sans cesse se défendre face à l’accusation de n’être qu’un lobbyiste des caisses. La Vaudoise prétend pour sa part ne diriger qu’une organisation professionnelle, une fonction pour laquelle elle reçoit 44 000 francs par an. «Je ne suis pas une lobbyiste», affirme-t-elle. Lors de la précédente législature, elle a été contactée par le Groupe Mutuel pour faire partie de son «groupe de réflexion» contre une coquette rémunération. Elle a décliné l’argent, mais accepté d’y être invitée pour connaître l’avis des assureurs.

Plus le 20 septembre approchera, et plus le parlement se posera la question du positionnement politique des candidats. Qu’est-ce qui changera concrètement si la Vaudoise devait remplacer Didier Burkhalter au Conseil fédéral? Isabelle Moret n’élude pas la question: «Avec moi, le Conseil fédéral serait un peu plus à droite sur le plan de la politique économique et financière, mais un peu plus progressiste sur le plan sociétal», répond-elle. Ainsi, elle aurait approuvé le projet de contrôle de l’égalité des salaires entre hommes et femmes dans les entreprises de plus de 50 employés, que défend la socialiste Simonetta Sommaruga. «A cette différence près que je l’aurais limité dans le temps.»