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Isabelle Moret lors d'une conférence de presse du PLR vaudois, Lausanne, 10 août 2017.
© LAURENT GILLIERON

Portrait (3)

Isabelle Moret, l'autre sensibilité

Longtemps, la Vaudoise a travaillé dans l’ombre des commissions, avant de gagner le respect de ses pairs par son indépendance d’esprit. Troisième de nos portraits des candidats au Conseil fédéral

Un Tessinois, une femme et un jeune. Entre Ignazio Cassis, Isabelle Moret et Pierre Maudet, le groupe parlementaire du PLR aura le choix le 1er septembre au moment de désigner son ticket de candidats. Pas forcément sur le plan du positionnement politique: leurs profils smartvote se ressemblent comme trois gouttes d’eau. Nous dressons le portrait de chacun d'entre eux.

Ignazio Cassis, l’homme aux deux visages

Pierre Maudet, l'ascension qui divise

En ce mercredi 16 août, Isabelle Moret rentre du Tessin, où elle aurait dû passer quelques jours de vacances en famille. Pour cette année, c’est raté. Candidate au Conseil fédéral, elle a dû rester en contact permanent avec son assistant parlementaire, Barry Lopez, et quelques jeunes pousses du PLR qui la soutiennent dans sa campagne. Dans le train ICN qui la ramène dans la capitale fédérale, elle prend conscience de l’ampleur de son défi: «Il n’y a jamais eu de conseillère fédérale latine de droite ou du centre. Et depuis 1971, date de l’octroi du droit de vote aux femmes, ces dernières sont largement sous-représentées au gouvernement!»

Mais, à l’image de ce train qui traverse le massif du Gothard en vingt minutes désormais, cette fille de parents cheminots a finalement décidé de foncer. Isabelle Moret a beau dire qu’elle ne veut pas être élue parce qu’elle est femme. Dans la discussion, la question du genre et celle du «plafond de verre» qui bloque souvent les femmes dans leur ascension reviennent constamment. «Les femmes doivent toujours travailler davantage que les hommes pour s’imposer», reconnaît-elle.

Consulter notre dossier sur la succession Burkhalter.

Un coffre-fort dans son bureau

Lorsqu’elle arrive au Conseil national voici onze ans, elle est jeune maman et loue un appartement à Berne pour voir ses enfants en session. Plus tard, entre deux votes dans l’hémicycle, elle fait répéter ses cours à sa fille par Skype dans la salle des pas perdus vers 17h, à l’heure où ses collègues masculins vont boire l’apéro. Voilà pour l’anecdote. Car, à Berne, elle travaille, et même beaucoup. Au sein de la commission des affaires juridiques, elle se dévoue pour rédiger le rapport sur le Code de procédure pénale unifié, un travail dont personne ne veut. Cela lui permet de gagner la confiance du président du parti, Fulvio Pelli. Elle devient vice-présidente du PLR suisse et membre de la Délégation des commissions de gestion, informée des secrets d’Etat, une tâche qui lui vaut l’honneur de disposer d’un coffre-fort dans son bureau.

Mais les médias ne consacrent jamais une ligne à ce travail de l’ombre. Ce n’est que lors de la révision de la loi sur la surveillance des caisses maladie qu’Isabelle Moret se forge une réputation de politicienne indépendante d’esprit. Le camp bourgeois n’est pas chaud pour renforcer la surveillance des assureurs et leur imposer davantage de transparence. Mais la Vaudoise a compris le momentum politique à l’heure où la gauche réclame une caisse unique par voie d’initiative. Au sein de la Commission de la santé, elle est dans un premier temps la seule femme de droite à vouloir entrer en matière. «J’ai réussi à persuader mes collègues que cette loi pourrait constituer une forme de contre-projet à cette initiative.»

Son interview: Isabelle Moret: «Etre une femme n'est pas un argument politique»

«Des compétences sociales»

Très engagée dans le dossier de la réforme des retraites où elle s’est farouchement opposée au ministre Alain Berset, Isabelle Moret passe sous la Coupole pour une politicienne presque monothématique. Tout le monde lui reconnaît une grande compétence sur ces questions sociétales, mais aussi la capacité de se forger sa propre opinion en s’affranchissant de la pression des lobbies. «Elle est très orientée sur les solutions et a des compétences sociales qui en feraient une bonne conseillère fédérale», assure Heinz Brand (UDC/GR). D’autres sont plus sceptiques, mais ne s’expriment qu’en aparté: «Elle est intelligente et plurilingue, mais je ne la sens pas toujours sûre d’elle. Elle doit aussi gagner en maturité sur les sujets économiques», objecte un autre élu alémanique.

Cela ne fait aucun doute. Sur les sujets qu’elle affectionne, Isabelle Moret assure. Les coûts de la santé qu’il faut maîtriser? La présidente de l’association des hôpitaux H + estime qu’il faut favoriser les opérations en ambulatoire, moins chères qu’en stationnaire dans un hôpital. Mais comme l’ambulatoire, contrairement au stationnaire, est pris en charge uniquement par les caisses avec pour conséquence une hausse des primes, elle propose de fixer un tarif intermédiaire qui permettrait déjà des économies. «Il faut créer les bonnes incitations», souligne-t-elle.

Feu vert pour un congé paternité

Sur le congé paternité aussi, Isabelle Moret donne des signes d’ouverture: «J’entends une véritable demande de la part des jeunes pères. Il faut trouver une solution, mais sans aller aussi loin que Travail Suisse, qui exige quatre semaines, ce qui est «infinançable». La Vaudoise craint une chose: que certains veuillent introduire un congé paternité au détriment du congé maternité. «C’est exclu pour moi.»

Sur d’autres thèmes comme la question européenne, par contre, Isabelle Moret se fait plus vague. Sachant que l’UDC balaie tout accord institutionnel avec l’UE, elle dit que la question des juges étrangers «constitue une ligne rouge». Elle ajoute que la Suisse doit se battre pour «une solution politique» tenant compte de l’opinion du peuple et qu’il faut prendre le temps de réfléchir. Mais on ne voit pas très bien comment la candidate réussira à concilier les intérêts suisses avec ceux de l’UE, qui réclame un tel accord depuis 2008.

Après être descendue du train à Berne, Isabelle Moret continue son marathon d’interviews avec les médias. Sa campagne la mènera-t-elle au Conseil fédéral? Son père, qui voulait devenir enseignant, n’a pas pu réaliser son rêve en raison de la situation financière familiale. Sa fille, elle, a pu choisir sa profession d’avocate en bénéficiant de l’ascenseur social, un des miracles de la Suisse moderne. Personne ne sait encore où il s’arrêtera pour elle.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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