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Isabelle Moret: «Je paie 2500 francs d’acomptes d'impôts par mois»

Après les révélations du Tages-Anzeiger selon lesquelles elle n’a plus été taxée définitivement depuis dix ans, la conseillère nationale vaudoise s’explique au Temps. Elle assure ne rien avoir à se reprocher

Après Pascal Broulis, voilà qu’une autre personnalité du PLR vaudois, Isabelle Moret, se retrouve sur la sellette à la suite de révélations du Tages-Anzeiger. Ce mercredi, le quotidien zurichois a reproché à l’ex-candidate au Conseil fédéral de ne plus avoir été taxée définitivement par le fisc depuis 2009. La nouvelle a suscité une certaine stupéfaction sous la Coupole, mais sans provoquer de scandale. «C’est un non-événement», dit même la Vert’libérale Isabelle Chevalley.

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L’ex-syndic de Lausanne Daniel Brélaz (Verts) se fait shakespearien. «Je ne connais pas le dossier, mais à première vue, on fait beaucoup de bruit pour rien.» Quant à Jean-Pierre Grin (UDC), il confie que sa taxation pour 2010, année lors de laquelle il a remis le domaine à son fils, est toujours ouverte pour des questions de fiscalité agricole. Pour les années suivantes en revanche, il est à jour.

Le canton de Vaud ne lâche aucun dossier, il a une administration fiscale parmi les plus dures de Suisse.

Frédéric Borloz, président du PLR vaudois à la tête d'une fiduciaire

Il existe certes quelques voix plus critiques, mais elles préfèrent rester anonymes en attendant d’en savoir davantage. Côté PLR, certains craignent pour le dégât d’image au parti. Dans les autres formations, on secoue tout de même la tête. «Dix ans sans taxation, c’est digne d’une république bananière»!

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Ce n’est pas l’avis du président du PLR vaudois, Frédéric Borloz, qui tient une fiduciaire. «Des dossiers qui durent dix ans, j’en ai déjà vu», déclare-t-il. Aux citoyens lambda qui craindraient des passe-droits faits à une conseillère nationale, il répond: «Le canton de Vaud ne lâche aucun dossier, croyez-en mon expérience. Il a une administration fiscale parmi les plus dures de Suisse.»

La principale intéressée, Isabelle Moret, se dit sereine dans cette affaire. Contrairement à Pascal Broulis, elle a accepté de répondre aux critiques dans une interview accordée au Temps:

Le Temps: Vous avez fermé votre cabinet d’avocate en 2013 et êtes en procédure de séparation depuis 2015. Mais comment se fait-il que vous n’ayez plus été taxée depuis 2009?

Isabelle Moret: J’ai transféré mon activité indépendante de l’arrondissement fiscal de Lausanne à celui de Morges en 2013. A la fin de cette année-là, mon mari et moi avons reçu notre dernière taxation pour 2009. Mais nous avons déposé une réclamation contre cette taxation car elle imposait des défraiements de 13 000 francs pour des repas dans le cadre de mon activité parlementaire. Ces montants ne sont en effet pas imposables. Du coup, les taxations suivantes ont été bloquées. Moins de deux ans après, mon mari et moi nous sommes séparés, ce qui a encore compliqué toute la situation.

– Le litige ne porte ainsi que sur 13 000 francs?

– Pour l’instant, il n’y a pas de litige, car il n’y a pas de taxation définitive. L’administration m’a demandé des pièces supplémentaires, par exemple sur le loyer, que j’ai fournies. De plus, de par nos déménagements, le dossier a plusieurs fois changé de main au fisc. Lorsqu’il y a un divorce compliqué, la situation financière l’est aussi. Ainsi, le Tribunal fédéral n’a fixé que voici deux mois le montant de la pension alimentaire pour mes deux enfants, cela rétroactivement sur deux ans.

– Pourquoi ne citez-vous pas de chiffres plus précis?

– J’attends avec impatience ma première taxation séparée pour l’année 2016, à propos de laquelle je pourrai communiquer. Actuellement, je ne peux rien publier, car mon futur ex-mari est aussi impliqué dans cette affaire.

– Avez-vous des arriérés d’impôts?

– Non. Actuellement, je n’ai pas de dette envers le fisc. Je paie la grande majorité des acomptes que je reçois. Avec mon mari, nous étions mariés sous le régime de la séparation des biens. Les acomptes n’ont été que partiellement payés, mais les impôts seront payés dès que la taxation sera faite. Ce qui crée le malentendu, c’est le fait que l’immense majorité des acomptes non payés par notre couple – mais non encore exigibles – provient des revenus de mon futur ex-mari, qui a occupé des postes à grande responsabilité [d’abord partenaire chez McKinsey à Genève, puis aujourd’hui CEO d’Elca, ndlr].

– Combien payez-vous d’impôts, concrètement?

– Je paie des acomptes de 2500 francs par mois, soit 30 000 francs par an. Actuellement, je suis quasiment à jour pour ce qui suit la séparation. Pour le passé, je ne connaîtrai la part encore à payer qu’une fois que j’aurai reçu les taxations définitives. Il faut attendre la fin du divorce. Mais selon ma fiduciaire, ce montant sera très réduit.

– Une conseillère nationale, de surcroît ex-candidate au Conseil fédéral, n’a-t-elle pas une fonction d’exemplarité par rapport au fisc?

– Tout à fait, mais c’est exactement ce que je fais. Je paie ce que je dois. Et quand on me demande des pièces, j’y réponds. J’ai ainsi transmis les certificats de salaire de mes deux employés à temps partiel et de mes deux assistants parlementaires.

– Avez-vous bénéficié de passe-droits d’une autorité fiscale dont le responsable politique est Pascal Broulis?

– Je n’ai jamais parlé de mon dossier fiscal avec Pascal Broulis avant l’article du Tages-Anzeiger paru ce mercredi. Je ne bénéficie d’aucun privilège. Au contraire, j’ai l’impression qu’on me demande plus de pièces qu’à d’autres citoyens car je suis une personnalité connue. Mais l’administration fait son travail, c’est juste.

– Avez-vous dit toute la vérité au PLR lors de votre candidature au Conseil fédéral l’an dernier?

– Oui, les deux examinateurs, Felix Gutzwiller et Thomas Hefti, ont été mis au courant de cette situation. J’ai répondu à toutes leurs questions et leur ai fourni tous les documents qu’ils souhaitaient, y compris un extrait du Registre des poursuites.

– Comment vivez-vous cette affaire, personnellement?

– J’attends avec impatience la fin de ce divorce compliqué. Mais je vous avoue que cette affaire me touche, car elle m’oblige à parler de ma situation privée, qui affecte ma famille et mes enfants qui lisent la presse.

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