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Dans les salons de l’hôtel Merian à Bâle, Ignazio Cassis, Pierre Maudet et Isabelle Moret ont pu débattre lors d’une discussion animée par le conseiller d’Etat bâlois Baschi Dürr. 
© Florian Bärtschinger

Succession Burkhalter

Isabelle Moret redresse la barre

Après une grosse semaine de turbulences, la Vaudoise reprend de l’assurance à Bâle lors de la deuxième étape de la tournée des candidats PLR

En principe, c’est un événement conçu par le PLR comme une tournée de promotion, une discussion consensuelle durant laquelle les trois candidats au Conseil fédéral ne s’attaquent pas. Mais à Zoug, les médias, toujours prompts à compter les points, avaient conclu que Pierre Maudet et Ignazio Cassis s’en étaient mieux sortis qu’Isabelle Moret. La deuxième étape était donc très attendue. Ce mercredi 23 août à Bâle, il n’y a pas eu de «vainqueur». La Vaudoise a redressé la barre.

Sur les bords du Rhin, ce n’était plus une journaliste qui animait le débat, mais Baschi Dürr, un conseiller d’Etat, qui a notamment veillé à ne pas poser de questions privées, celles qui avaient mis mal à l’aise Isabelle Moret. Dans ce contexte, cette dernière s’en est mieux tirée. Accompagnée par ses assistants Philippe Lörtscher et Vincent Arlettaz, encouragée par la présidente des femmes PLR, Doris Fiala, la seule femme candidate a repris de l’assurance.

Les maladresses d’Isabelle Moret

Il était temps! Car après un premier tour de piste sans encombre lors de son investiture par le PLR vaudois le 10 août dernier, Isabelle Moret a commis quelques maladresses. D’une part, elle s’est inutilement énervée lorsqu’on l’a accusée d’être proche d’un lobby de l’armement. D’autre part, pour montrer on ne sait trop quoi, elle a prétendu qu’elle était la candidate qui gagnait le moins d’argent. Lorsque le Tages-Anzeiger s’est permis d’en douter en affirmant que ses revenus dépassaient le salaire annuel de 250 000 francs de Pierre Maudet, elle a dû préciser qu’il fallait en déduire 60 000 francs pour rémunérer ses assistants parlementaires. Scannée dans toutes ses activités, Isabelle Moret était devenue fébrile. Souvent impitoyable dans ses portraits au vitriol, la Weltwoche s’est demandé si elle était «une vraie femme de droite ou une gauchiste masquée».

Lire aussi: L’embrouillamini du PLR vaudois

Autant dire qu’Isabelle Moret vient de passer une semaine de turbulences qui ont fait douter même ses partisans. A l’issue du débat de Bâle, Doris Fiala était rassurée. Isabelle Moret a cette fois tenu le choc. «Elle a été claire et combative», se réjouissait-elle. Abandonnant le dialecte, qu’elle avait utilisé à Zoug, pour lui préférer le bon allemand, l’avocate semble découvrir un exercice nouveau pour elle: plaider sa propre cause, et plus seulement celle du parti. Ayant le courage d’affronter ses rivaux masculins sur le seul terrain des compétences, elle n’a jamais invoqué l’argument du genre. En revanche, elle s’est repositionnée à droite. Pour la première fois de sa campagne, elle a durement critiqué la réforme des retraites du centre-gauche en votation le 24 septembre, sur laquelle elle avait pourtant dit qu’elle serait discrète. «Au parlement, nous avons fait des propositions qui auraient été meilleures pour les femmes, pour les jeunes et les travailleurs seniors.»

Repositionnement à droite

Sur la question européenne, elle s’est montrée la plus dure. Alors que Pierre Maudet et Ignazio Cassis entraient en matière sur un accord non pas «institutionnel», mais «cadre» ou «transversal» avec l’UE, Isabelle Moret a martelé qu’elle n’avait jamais été membre du Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes), qu’elle était opposée à toute adhésion à l’UE et que la «question des juges étrangers constituait pour elle une ligne rouge». Sans dire pourtant comment elle résoudrait concrètement le problème des litiges avec l’UE. Au point qu’à l’issue de la discussion, un politicien bâlois s’est exclamé: «Isabelle Moret m’a surpris en bien. Je ne comprends pas comment on a pu lui forger une réputation de PLR de gauche.»

Et les autres? Le grand favori de la course, Ignazio Cassis, s’est contenté de gérer ce rôle avec la sérénité qu’on lui connaît. Arborant uniquement un petit insigne aux couleurs rouge et bleu au revers de son veston, il s’est attaché à faire oublier qu’il est d’abord le candidat tessinois. Seule déclaration intéressante: «Après les élections de 2015, il y a eu un glissement à droite au parlement, mais pas au Conseil fédéral.» Laissant entendre qu’il pourrait incarner ce changement-là.

Quant à Pierre Maudet, il a été bon. Il est certes le plus jeune (39 ans), mais aussi celui des candidats qui fait de la politique depuis le plus longtemps, soit près d’un quart de siècle. Il s’est affiché en homme d’exécutif et a développé sa vision de la Suisse de demain, axée sur la responsabilité individuelle des citoyens, la souveraineté du pays et la prospérité. «Genève est un canton contributeur de la Suisse, laissez-nous croître», a-t-il souligné.

Cruel dilemme

Cela dit, ce n’est pas dans une enceinte aussi consensuelle que le combattant «hors sérail bernois» qu’il est a pu déployer tout son art de la politique. Il ne s’est un peu échauffé qu’au terme de la discussion, lorsqu’un journaliste italophone l’a accroché en lui demandant s’il n’usurpait pas une place revenant cette fois-ci à un Tessinois. «Une mauvaise question, a-t-il répliqué. Je viens moi aussi d’une région transfrontalière dont je connais bien les problèmes. Genève, qui accueille plus de frontaliers que le Tessin, a pris des mesures pour limiter le risque de dumping salarial. Et franchement, je ne comprends pas pourquoi les Tessinois ne l’ont pas fait.»

A Bâle, les avis étaient unanimes: «Pierre Maudet a le potentiel pour devenir conseiller fédéral.» Le 1er septembre prochain, le groupe parlementaire PLR sera placé devant un cruel dilemme dans l’hypothèse – la plus probable – d’un ticket à deux. Préférera-t-il évincer l’un des meilleurs talents de la relève du parti ou une femme? Doris Fiala n’ose pas envisager «l’impensable». «Un ticket sans femme serait un très mauvais signal pour un parti progressiste dans les questions de société.»

 

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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