Conseil fédéral

Isabelle Moret: «Etre une femme n'est pas un argument politique»

La conseillère nationale vaudoise a annoncé samedi soir sa candidature à la succession de Didier Burkhalter. Elle explique ses motivations

Le Temps: Vous avez gardé le silence durant six semaines. Qu'est-ce qui vous a fait tant hésiter?

Isabelle Moret: Je n'ai pas hésité à me lancer dans la course au Conseil fédéral, un défi passionnant. J'ai simplement pris le temps de m'assurer que j'aurai suffisamment de soutien dans mon parti.

Quels sont vos trois principaux atouts?

Mon dynamisme, la combativité avec laquelle je défends mes idées et ensuite ma capacité à dialoguer avec tous les partis de manière à trouver des compromis. J'ai travaillé avec le PS pour mettre en œuvre l'initiative «contre l'immigration de masse». Avec l'UDC, je me suis engagée sur le dossier de l'asile, tout en respectant la tradition humanitaire de la Suisse.

Vous vous refusez à jouer l'atout femme. Pourquoi?

Parce que ce qui prime, ce sont d'abord les qualités et les compétences. Etre une femme apporte une expérience de vie différente, mais ce n'est pas un argument politique.

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Pouvez-vous vous imaginer un Conseil fédéral réduit à une femme sur sept à la suite de la démission de Doris Leuthard?

C'est une possibilité, mais je trouverais dommage qu'on en arrive là, car toute la population doit se sentir représentée au Conseil fédéral. Une seule femme, ce serait trop peu.

Qu'est-ce qui est le plus urgent pour le pays: que le Conseil fédéral compte un Tessinois ou qu'il conserve un équilibre entre les genres?

Qu'il soit composé de personnes compétentes et capables d'aboutir à des compromis. Je suis la non-italophone s'étant le plus engagée pour un Conseil fédéral à 9 membres pour y intégrer la minorité italophone. Bien sûr que le Tessin doit y être représenté équitablement. Mais depuis l'introduction du droit de vote des femmes en 1971, il a été surreprésenté proportionnellement à sa population, tandis que le canton de Vaud y a été sous-représenté.

Ada Marra vient de déclencher une polémique en déclarant que «LA Suisse n'existe pas». De quelle Suisse rêvez-vous?

Je suis fière d'être Suisse et j'aspire à une Suisse dynamique qui s'adapte au monde qui change, en particulier dans le domaine numérique. Si nous n'investissons pas dans ce domaine, nous prendrons du retard. Par exemple, les enfants devraient apprendre la programmation  à l'école comme ils apprennent à écrire.

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Vous vous définissez comme une libérale progressiste, de gauche sur le social et de droite sur les finances. Est-ce vraiment compatible?

Je suis effectivement libérale en matière économique et financière. Mais s’investir sur les thèmes de l'environnement ou de la conciliation de la vie familiale et professionnelle ce n’est pas être de gauche mais être progressiste, car ce sont des thèmes qui concernent le quotidien de tout un chacun.

Concrètement, êtes-vous pour ou contre une fiscalité écologique?

Jusqu'à présent, les projets proposés me laissent sceptiques. Je préfère un système incitatif basé sur l'innovation à un système punitif.

Vous n'avez aucune expérience d'exécutif, contrairement à Pierre Maudet par exemple. Aimez-vous prendre des décisions?

Oui. Comme vice-présidente du PLR, j'ai dû en prendre beaucoup, de même qu'à la tête de différentes organisations comme celle des hôpitaux (H+), qui regroupe notamment tous les hôpitaux publics.

Vous aimez le pouvoir?

Ce n'est pas ce qui m'attire le plus dans la fonction de Conseiller fédéral. J'aimerais plutôt y concrétiser les idées pour lesquelles je me bats. Si le département des Affaires étrangères était libre, je me réjouirais d'empoigner le dossier européen et d'y apporter un souffle nouveau.

Justement, la Suisse a-t-elle besoin d'un accord institutionnel avec l'UE?

Cela ne doit pas être un but en soi. L'essentiel est de faire vivre la voie bilatérale avec notre principal partenaire économique. Je constate qu'il y a eu un dégel dans nos relations à la suite de l'adaptation de l'accord sur les entraves au commerce. L'accord institutionnel, qui pose la question des juges étrangers, crée pour l'instant surtout des blocages, notamment dans la population suisse, qui ne le soutiendrait aujourd'hui pas.

Allez-vous vous abstenir de faire campagne sur la réforme des retraites et céder ainsi à la pression du PS?

J'ai toujours défendu mes idées. Je trouve que le projet que j'ai défendu au Conseil national était plus favorable aux seniors de plus de 50 ans, aux femmes et à la jeune génération. Concrètement, la campagne pour le Conseil fédéral se déroule en même temps que celle de la votation du 24 septembre. Du point de vue de la disponibilité, je ne pourrai pas faire les deux choses en même temps. Mais je serai très bien remplacée par Olivier Feller, Benoît Genecand et Philippe Nantermod.

Vous êtes une femme séparée qui élève seule deux enfants de 11 et 6 ans. Comment allez-vous vous organiser si vous deviez être élue?

Nous avons envisagé une organisation compatible avec un mandat de conseillère fédérale et tenant compte du bien-être des enfants. Depuis toujours, nous sommes très organisés à cet égard. Et le papa s’occupe aussi des enfants. Au 21e siècle, cela ne pose plus un problème insurmontable. Ma génération a appris à concilier politique et vie de famille. La présidente du gouvernement vaudois Nuria Gorrite est pour moi un très bel exemple à cet égard.

Dossier
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