Elections

Isabelle Weber, une candidate PLR en outsider à Neuchâtel

Privé de sa majorité au Conseil d’Etat en 2013, le PLR adjoint Isabelle Weber à sa liste de candidats qui comprend déjà les deux sortants Alain Ribaux et Laurent Favre. A priori, sans grande chance d’élection, mais n’était-ce pas aussi le cas de Monika Maire-Hefti en 2013?

Première force politique du canton de Neuchâtel, locomotive de la majorité bourgeoise du Grand Conseil même si l’UDC n’est pas un allié formel et surtout pas électoral, le PLR avait été dessaisi en 2013 de la majorité gouvernementale qu’il avait raflée en 2009. La faute du coup de balai voulu par l’électorat, qui avait renvoyé les sortants au terme d’une législature calamiteuse, et parmi eux deux PLR, Philippe Gnaegi et Thierry Grosjean.

Battu en 2013, le PLR s’était refait une demi-santé en 2014, avec l’élection de Laurent Favre au gouvernement en remplacement du défaillant UDC Yvan Perrin. Pas suffisant pour assouvir son appétit. Le PLR annonce la couleur: il veut reprendre la majorité au Conseil d’Etat lors des élections du 2 avril 2017.

Les cinq sortants favoris

Pour ce faire, il désignera demain à Gorgier un trio de candidats: en tête de liste, ses deux ministres sortants, Alain Ribaux et Laurent Favre. Il fallait trouver un troisième prétendant, à la tâche pas évidente. Car l’ambition libérale-radicale est contrariée par l’annonce collective de la candidature de l’actuel gouvernement in corpore, soit les deux PLR et les trois socialistes Jean-Nat Karakash, Laurent Kurth et Monika Maire-Hefti. Les observateurs donnent l’actuel quintet vainqueur en avril 2017.

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La prévision de l’automne 2016 ne sera peut-être pas le résultat du printemps 2017. Car le PLR lance dans la course une femme, Isabelle Weber-von Kaenel, 50 ans, très peu connue du grand public. Elue locale à Cornaux, elle y prendra la tête de l’exécutif en 2017. Elle était entrée de justesse au Grand Conseil en 2009, mais n’avait pas été réélue en 2013. Juriste chargée d’affaires chez Greenwatt, adepte des énergies propres et renouvelables, Isabelle Weber préside le comité scolaire primaire de Neuchâtel et sa région (8000 élèves, 800 enseignants).

Duel féminin pour le cinquième siège

La candidature d’Isabelle Weber s’apparente a priori à un non-événement. Une candidate sans grand relief, dévolue au sort de porteuse d’eau des sortants. Pour renforcer cette approche dévalorisante, le PLR a choisi de dévoiler son nom en catimini, dans son hebdomadaire politique «Libertés neuchâteloises», sans communiqué de presse.

C’est peut-être, pourtant, une stratégie discrète de bon aloi. Le PLR sait qu’après avoir été en conflit avec les enseignants qui ont fait grève, la femme du gouvernement, la socialiste Monika Maire-Hefti, considérée comme la plus à gauche de l’exécutif, est fragilisée. Elle n’a pas démérité, s’est même révélée dans son costume de ministre, mais elle peine à régater à la hauteur de ses pairs socialistes Jean-Nat Karakash et Laurent Kurth.

Et lorsqu’elle a été investie candidate en 2013, Monika Maire-Hefti ne disposait pas forcément de plus d’aura qu’Isabelle Weber. Elle avait dû son élection à la mise à l’écart des ministres sortants et à la volonté des Neuchâtelois de conserver une femme au Conseil d’Etat. Elle en avait d’ailleurs fait le fondement de sa campagne.

Sans le dire frontalement, Isabelle Weber revendique le siège féminin du gouvernement. Dans «Libertés neuchâteloises», elle met en avant son engagement en faveur du projet Prima récemment récompensé par le prix du fédéralisme 2016. Les honneurs officiels furent pour Monika Maire-Hefti, mais Isabelle Weber rappelle qu’elle dirige le dicastère des écoles à Cornaux, seule commune où toutes les classes primaires profitent d’un enseignement bilingue français-allemand. Isabelle Weber se verrait bien ministre de l’Education. Un pavé dans le jardin de Monika Maire-Hefti.

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En investissant le premier ses candidats, le PLR lance non seulement la campagne en vue de l’élection du 2 avril, mais il occupe le terrain et, de fait, donne de la visibilité à sa candidate. Les autres partis attendront 2017.

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