Genève

Islamisme: comment Cointrin sécurise son tarmac

Deux Français soupçonnés de radicalisme et fichés ont travaillé comme bagagistes à l’aéroport de Genève. La France avait déjà averti la Suisse de fiches S à l’aéroport.

Quand ce policier de l’aéroport de Genève a lu que deux anciens bagagistes étaient fichés par le renseignement français et que l’un d’eux avait été arrêté, il est parti d’un grand éclat de rire: «Je ne suis pas étonné! Cela fait un moment qu’entre collègues, on se dit qu’il y a parmi les employés de l’aéroport des profils à risque. Aux contrôles de sécurité des passagers, aux bagages et sur le tarmac.»

Retour sur les faits. Samedi dernier, la Tribune de Genève révélait qu’un collaborateur auxiliaire chez Swissport (entreprise d’assistance au sol), licencié en juin pour absences répétées, avait été arrêté par la police française. Il est soupçonné d’avoir participé à une prise d’otages. Depuis peu, le renseignement français lui a collé une fiche S pour radicalisation. Dimanche dernier, Le Temps contait l’histoire d’un jeune salafiste de Marnaz en Haute-Savoie, accusé d’endoctriner des jeunes migrants dans un foyer (LT du 06.12.2015). Après avoir subi une perquisition administrative dans le cadre de l’état d’urgence puis avoir été assigné à résidence, ce prédicateur autoproclamé a été incarcéré. La routine ou presque, depuis les attentats de Paris. Sauf qu’on trouve trace de ce Haut-Savoyard à… Cointrin, où il a travaillé lui aussi comme bagagiste entre novembre 2014 et avril 2015 chez Dnata, selon la Tribune de Genève. Il était depuis peu fiché pour appartenir à la mouvance islamiste radicale.

Filet de sécurité 
à l’engagement et après

Malencontreuses coïncidences? Mauvaise pioche sans conséquences? Ou faut-il penser que l’aéroport ressemble à s’y méprendre à la RATP (transports publics) en France, où bon nombre de chauffeurs de bus semblent radicalisés? «Je pense que ces deux cas, hélas, ne sont pas des exceptions, avance une source proche du dossier. J’estime que beaucoup d’employés font preuve d’un militantisme soutenu ou sont en voie de radicalisation. Car la composition sociologique de ces personnes représente un groupe à risque.» Selon cette source, les contrôles de passagers effectués par certains employés seraient relâchés lorsqu’il s’agit de voyageuses voilées par exemple.

Le profil de certains employés inquiète-t-il la tête de l’aéroport? «C’est une préoccupation, étant donné la rapidité du processus de radicalisation chez les jeunes, répond Corine Moinat, présidente du conseil d’administration. Mais je tiens à souligner que les deux cas en question ne faisaient pas l’objet d’une fiche S lorsqu’ils étaient employés. Chaque personne travaillant sur la plateforme aéroportuaire doit passer des contrôles pour obtenir sa carte d’identité aéroportuaire, dont l’octroi final est validé par la police de la sécurité internationale.»

Précisément, comment fonctionnent ces contrôles? Avant son engagement, le candidat doit fournir un extrait de son casier judiciaire sur cinq ans. Un premier filtre où échouent tous les candidats qui ne sont pas blancs comme neige. Pour les autres, leur dossier est transmis à la police cantonale. Celle-ci vérifie avec la police française que le candidat n’est pas connu de leurs services ou ne fasse pas l’objet d’une fiche S. Ces fiches du renseignement n’étant pas disponibles dans le système d’information Schengen, il faut vérifier au cas par cas. «Le filet de sécurité à l’engagement est très solide, estime Patrick Baud-Lavigne, directeur de cabinet au département de la sécurité. En revanche, il est plus difficile de détecter la radicalisation des employés en poste qui présentaient toutes les garanties à leur engagement.»

Pour parer à cela, des contrôles aléatoires sont pratiqués. La police vérifie alors certains dossiers de manière discrétionnaire. «Il arrive aussi qu’on soit averti par un service de police, un particulier ou par l’entreprise qui l’engage d’un changement de comportement d’un employé, complète Patrick Baud-Lavigne. La police réactive alors ses recherches et le badge peut lui être retiré.»
Depuis le début de l’année, c’est arrivé six ou sept fois sur un total de 10 000 employés, pour tous types de délits considérés comme rédhibitoires pour ce travail. Et si, d’aventure, la police française apprend qu’un de ses ressortissants fiché S travaille à l’aéroport, elle en avertit aussitôt ses collègues helvétiques. C’est déjà arrivé, assure Patrick Baud-Lavigne, sans toutefois communiquer le nombre.

Enfin, le conseiller d’Etat Pierre Maudet a annoncé une nouvelle mesure la semaine dernière: la réduction du délai de renouvellement des badges d’accès au tarmac de cinq à deux ans. Les 10 000 employés feront donc l’objet de nouvelles vérifications dans les deux années à venir. Le Conseil d’Etat a par ailleurs augmenté l’effectif de la police à l’aéroport de 24 unités au début de l’année.

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