SÉCURITÉ

Des islamistes suisses s’opposent à la loi sur le renseignement

Nicolas Blancho et son Conseil central islamique suisse s’opposent à la loi sur le renseignement. Le conseiller fédéral Guy Parmelin s’en est étonné. Le propre service «d’analyse et de prévention» du CCIS a très peu été sollicité

«Dans cette campagne, je suis étonné de l’opposition du Conseil central islamique suisse. Je constate que l’organisation de Nicolas Blancho combat cette loi et c’est un signal plutôt inquiétant». Cette petite phrase, le conseiller fédéral Guy Parmelin l’a récemment lâchée dans le Matin Dimanche, à propos de la loi sur le renseignement (LRens), soumise en votation le 25 septembre. Avant d’ajouter: «Je ne vais pas aller jusqu’à dire que son organisation a quelque chose à se reprocher, car ce n’est certainement pas le cas. Mais cette campagne était aussi l’occasion pour certains milieux de prouver qu’ils condamnent le terrorisme et les risques de dérives en la matière.»

Entrer dans les mosquées

Nicolas Blancho et ses sbires combattent effectivement la LRens. Parce qu’ils se sentent dans le viseur du Service de Renseignement de la Confédération (SRC)? Cette loi permettra aux collaborateurs du SRC de procéder à des écoutes téléphoniques, d’infiltrer des ordinateurs grâce à des mouchards, de poser des caméras dans des appartements privés ou encore de pénétrer des mosquées.

C’est ce dernier point qui inquiète le plus le CCIS. Rappelons que deux de ses membres, dont Naim Cherni, un proche de Nicolas Blancho qui a plusieurs voyages en Syrie à son compteur, sont sous le coup d’une procédure pénale du Ministère public de la Confédération (MPC), accusés de violation de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida, Etat islamique et les organisations affiliées. Pas de quoi rassurer ceux qui ont lancé le référendum contre la LRens: ils auraient préféré pouvoir se passer de ces encombrants opposants.

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La loi viserait «avant tous les musulmans»

Contacté, Qaassim Illi, l’idéologue et porte-parole du CCIS, confirme être contre la LRens. Sur Facebook, il avait appelé à récolter des signatures contre la loi. Aujourd’hui, il préfère faire profil bas, même s’il est persuadé que la loi «vise avant tous les musulmans». Le CCIS, répète-t-il, ne fera pas activement campagne contre l’objet, conscient que cela pourrait être mal perçu. «Nous craignons qu’avec une opposition bien visible, on donne l’impression d’avoir quelque chose à cacher», admet Qaassim Illi, tout en trouvant absurde de devoir réagir ainsi. Il ose la comparaison: «En réfléchissant de cette manière, on devrait du coup penser que les opposants à la peine de mort sont en fait en train de planifier des activités criminelles.»

Fait passé presque inaperçu, le CCIS a mis en place, en mars 2015, son propre bureau de prévention. ll s’agit d’un «Infodesk für Analyse und Prävention», dont le nom rappelle étrangement le… Service fédéral d’analyse et de prévention, qui n’est autre que l’ancêtre du SRC. Mais le bureau n’a quasiment jamais été actif. La hotline a même été désactivée. «Nous n’avons reçu que trois appels», confirme Qaassim Illi. «Dans deux cas, nous avons rapidement pu vérifier qu’il s’agissait d’une fausse alerte». Un seul cas était sérieux, donc. Les membres du CCIS sont entrés en contact avec un jeune et sa famille. Qaassim Illi: «Nous avons au moins pu le dissuader de laisser tomber son apprentissage. C’est ce qu’il voulait faire, pour se concentrer uniquement sur l’islam.»

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De l’admiration pour l’EI

Ce jeune avait de l’admiration pour l’Etat islamique. «Il passait beaucoup de temps sur Internet à chercher et regarder des vidéos de l’EI», finit par préciser le porte-parole. «Il commençait aussi à s’isoler et à excommunier ses frères et sœurs musulmans.»

Un jeune qui pourrait donc vouloir un jour rejoindre l’EI en Syrie, si sa «sympathie» pour les djihadistes persiste. Le CCIS a toujours eu une position assez ambiguë sur le djihad. Dans une interview au «Temps» publiée en mai dernier, Nicolas Blancho disait: «Si nous apprenons qu’un jeune souhaite partir, nous lui dirons que cette idéologie est fausse et nous ferons tout pour rendre son départ impossible.» Mais il a également ajouté: «Le djihad armé fait partie des moyens de légitime défense pour un musulman. Dans le cas du peuple syrien, il est légitime de combattre contre le dictateur Assad et de chercher à acquérir son autonomie au niveau international.»

Le CCIS est-il d’ailleurs prêt à collaborer avec les autorités fédérales à propos de jeunes partis faire le djihad en Syrie? Qaassim Illi tique visiblement sur le mot collaborer. Il préfère dire: «Nous avons toujours dit que nous étions ouverts au dialogue».


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