Interpellation

Itinéraire d’un Yverdonnois radicalisé

Le Suisse arrêté hier lors d’une opération antiterroriste avec sa compagne colombienne a grandi à Yverdon avant de s’installer à Lausanne

Qui sont le Suisse de 27 ans et la ressortissante colombienne de 23 ans arrêtés mardi lors d’une opération antiterroriste conjointe, menée entre la Suisse et la France? En Suisse, ce coup de filet est intervenu dans le cadre d’une procédure pénale du MPC sur des soupçons de violation de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida, Etat islamique et les organisations apparentées, ainsi que pour soupçon d’infraction au Code pénal pour «soutien ou participation à une organisation criminelle».

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Selon des informations obtenues par Le Temps, l’homme, originaire d’un pays d’ex-Yougoslavie, et sa compagne, colombienne, étaient dans le viseur des autorités depuis quelque temps déjà. Appelons-le Mirko. Après avoir grandi à Yverdon, ce solide gaillard a travaillé dans le bâtiment, des jobs intérimaires souvent. C’est dans cette ville que depuis 2014, il commence à fréquenter un petit noyau de jeunes radicalisés, des convertis originaires du sud de l’Europe pour la plupart. «Il faisait partie d’un petit groupe de voyous, se souvient une connaissance de Mirko qui assiste à sa dérive. Il ne paraissait pas bien dangereux. Mais très influençable.»

A cette époque, il ne craint pas d’afficher ses convictions sur Facebook. Sur des captures d’écran qui ont été transmises au Temps, il s’ouvre à un ami de son parcours. En ces termes: «J’étais déjà musulman à quinze ans, après j’ai délaissé. Je suis redevenu il y a un an. Radicalisé.» Son interlocuteur lui demande alors si c’est à la mosquée qu’il s’est radicalisé. Mirko répond: «Non, tout seul. Il suffit d’étudier. De regarder des vidéos.» Là-dessus, le jeune homme envoie une série de vidéos à son interlocuteur, avec ce commentaire: «Aucun chrétien ne peut rivaliser.»

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Un basculement

Sur les réseaux sociaux, il commence à faire l’apologie du groupe Etat islamique, souhaite «instaurer la charia en Suisse», raconte qu’à la mosquée qu’il fréquente, plusieurs jeunes veulent partir faire le djihad, et certains y sont parvenus. De fait, on sait que Mirko a connu le jeune Vaudois d’Orbe, Damien G., parti en Syrie. Mirko aurait fréquenté une petite mosquée de salafistes affichés, dans l’est lausannois. Dans un langage très pauvre, sans aucun recul, il cite des sourates et des versets du Coran, mélange tout, religion, géopolitique, fake news et propagande, insulte les interlocuteurs mécréants qui mettent en doute les vérités qu’il assène, dans des litanies d’injures. Mirko poste aussi des photos de son fils, bébé, à la mosquée à ses côtés. Son look est désormais salafiste. «Il me disait que son fils l’éloignait d’Allah, se souvient cette connaissance. Que son gamin l’empêchait d’aller se faire péter.»

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Pour son ancienne connaissance, le glissement progressif de Mirko était couru d’avance. Mais il ne serait que la tête de pont, la plus visible, d’un groupe de jeunes radicalisés. Bientôt, le profil Facebook de Mirko est bloqué. Il déménage à Lausanne, où son épouse a été arrêtée. Elle aura donc finalement, elle aussi, basculé, «alors que Mirko ne parvenait pas, en 2015, à l’obliger à se voiler», raconte encore son ancienne connaissance. Mirko ne s’est en effet pas contenté de raconter des inepties sur les réseaux sociaux, puisque la procédure pénale du MPC porte sur des soupçons de violation de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida, Etat islamique et les organisations apparentées, ainsi que sur des soupçons d’infraction au Code pénal pour «soutien ou participation à une organisation criminelle».

Les autorités françaises agissent dans le cadre d’une procédure pénale distincte, quoique comparable. La procédure y a été ouverte en juillet dernier par la section antiterroriste du parquet de Paris pour «association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste». Quel est l’apport du Suisse? Il est trop tôt pour le savoir. Mais autour de Mirko, on était au courant qu’il se rendait de plus en plus fréquemment en France ces derniers temps. Les deux prévenus auraient communiqué par l’intermédiaire de l’application de messagerie russe cryptée Telegram, fréquemment utilisée par les djihadistes.

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