Fribourg risque bien d'être le centre d'attention de la politique suisse, dimanche 8 novembre, pour le deuxième tour de l'élection du Conseil des Etats. Alors qu'il était absent du 1er tour, le conseiller national UDC Jean-François Rime vient de se lancer dans la bataille. Il s'attaque frontalement à Christian Levrat, le président du Parti socialiste suisse (PSS), tout en menaçant également le conseiller d'Etat Beat Vonlanthen, candidat du PDC. «Une manoeuvre politicienne», dénonce Benoît Piller, le président des socialistes fribourgeois. 

Le Temps: En quoi cette candidature se serait-elle pas légitime?

Benoît Piller: Il y a eu une grosse erreur de casting. Si Jean-François Rime était vraiment intéressé à se présenter, pour la troisième fois, aux Etats, il l'aurait fait dès le départ. Changer de candidat entre les deux tours, après que le candidat Emanuel Waeber n'a pas fait le score attendu, c'est une manoeuvre! L'UDC Suisse veut se venger du soutien accordé par Christian Levrat à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Je trouve déplore que le parti cantonal se prête à ces menées.

- En quoi les intérêts cantonaux seraient-ils, comme vous le prétendez, compromis?

- Christian Levrat est le meilleur parlementaire suisse, selon plusieurs classements. Quand on a un tel atout, on en profite, on ne l'attaque pas. L'UDC est dans l'ivresse après ses résultats de dimanche et pense qu'elle peut tout gagner! Christian Levrat a fait ses preuves dans la défense du canton, sur le plan économique et sur le plan financier, avec le dossier de la péréquation. Il a montré aussi sa capacité à travailler en duo avec le PDC Urs Schwaller, comme il continuera de le faire avec Beat Vonlanthen.

Justement, la proximité entre les deux candidats socialiste et PDC est à double tranchant. On voit, par la candidature de Jean-François Rime comme par la tentation que le PLR Jacques Bourgeois a eue de se lancer dans le second tour, que la droite fribourgeoise est frustrée et se reconnait mal dans le profil de Beat Vonlanthen.

- Je ne crois pas. Le résultat de dimanche montre que les électeurs ont été convaincus que ce duo fonctionne bien et que deux élus doivent représenter le canton au-delà des clivages politiques. La candidature de Jean-François Rime nous fait du souci, nous la prenons au sérieux. Elle remet aussi en cause l'équilibre de la représentation linguistique du canton de Fribourg. Nous devons nous mobiliser et nous adresser aux 70% des électeurs qui n'ont pas voté UDC.