«Il faudra bien en tirer des enseignements», relève Pascal Fournier, le patron de la Maison du sauvetage de Sion, encore sous le coup de la tragédie de Zinal, dont il a dirigé les opérations et dont il est lui-même l'un des rescapés. «Il faudra peut-être un jour que nous apprenions à dire non», ajoute Jacky Michelet, directeur de l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS), à Sierre.

Le drame du week-end n'a pas seulement jeté la consternation dans le milieu des secouristes valaisans. Il a profondément ébranlé une profession qui s'interroge sur les limites à mettre à ses interventions. Des limites qui paraissent certes souhaitables, mais où les fixer?

Les deux guides tués samedi étaient parmi les plus expérimentés, l'un comme l'autre membres fondateurs de l'actuel système valaisan des secours. L'OCVS est une société privée d'intérêt public reliée à la centrale d'appel unique, le 144. Elle est responsable de la formation, gère le matériel, tandis que les sociétés d'intervention sont ses partenaires. La redéfinition des priorités de la police cantonale et le «personalstop» à l'Etat du Valais avaient conduit à cette réorganisation, achevée en 1995. A la même époque, les secouristes issus de la gendarmerie créent avec Jacky Michelet, Fournier, Gaspoz, Gross et les autres, la Maison du sauvetage. C'est le département «secours» de la compagnie Air Glaciers, et le partenaire privilégié de l'OCVS pour la Suisse romande.

Il existe en Valais 50 sauveteurs spécialisés, formés à toutes les techniques d'intervention. Mais ce corps, où le bénévolat joue un rôle déterminant, ne compte que cinq professionnels salariés, les guides permanents de la Maison du sauvetage. Edouard Gross et Nicolas Gaspoz faisaient partie de cette troupe, volontiers considérée comme un corps d'élite. «Les meilleurs d'entre nous ont été confrontés à plus fort qu'eux», souligne Pascal Fournier, choqué comme Jacky Michelet d'avoir perdu deux compagnons de route.

Les responsables du secourisme s'interrogent

Dans leur désarroi, les responsables du secourisme valaisan s'interrogent. «Il faut analyser ce qui s'est passé pour voir si oui ou non nous devons changer notre façon de faire», indique le directeur de la Maison du sauvetage. Les décisions d'intervention sont actuellement prises par ceux qui vont les effectuer. Il suggère d'en appeler à des professionnels de référence, mais restant en retrait, pour analyser tous les risques vitaux.

A la centrale de Sierre, Jacky Michelet retient aussi une telle aide à la décision comme possibilité d'amélioration: «Il y a des connaisseurs de la montagne toujours dans le coup sur lesquels on pourrait s'appuyer.» Il constate également que la société est en mutation. «La montagne est l'un des seuls espaces de liberté qui restent. On y fuit les interdits, le besoin de défoulement explose, fait reculer les limites du risque. Par ailleurs, la population part du principe que les secours seront là, disponibles, excellents. On les appelle par Natel, par radio. La Suisse est le seul pays alpin à mener des secours aéroportés de nuit.» Il y a un hiatus entre le sacerdoce généreux des secouristes et la facilité avec laquelle l'existence de ceux-ci est stipulée.

Face à cet accident, Jacky Michelet se demande aussi s'il ne faut pas «redimensionner les interventions, apprendre à dire non». La «facture», cette fois, est trop dure à avaler. Mais à Zinal ce sont deux excellents professionnels, tout de bon sens et non de témérité, qui ont été piégés. Il n'y a pas deux accidents semblables et on aura toujours besoin de recourir au système D. «Accepter de se remettre en question, c'est peut-être aussi admettre que certaines choses sont impossibles à changer.»