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Jacqueline de Quattro: «Aux hommes, on demande leur vision. A une femme, la garde des enfants»

La conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro était présente à Berne pour soutenir la candidature d’Isabelle Moret, sa collègue de parti, au Conseil fédéral. Elle se dit déçue de la manière dont les femmes sont traitées en politique mais aussi au sein du PLR

«Le Temps»: Etes-vous davantage déçue pour Isabelle Moret ou contente pour le Tessin, qui retrouve sa place au Conseil fédéral?

Jacqueline de Quattro: Je me réjouis pour le Tessin mais je suis déçue pour les femmes. La campagne a été dure et j’ai ressenti que les candidats n’étaient pas traités de la même manière. Aux hommes, on leur demande leur vision de la Suisse. Par contre, on veut savoir comment une femme organise la garde des enfants. C’est désolant en 2017. Isabelle Moret a dû constamment se justifier. Tandis que personne ne s’est inquiété du fait qu’en cas d’élection, Pierre Maudet n’allait pas voir grandir ses enfants ou encore que sa femme allait devoir, peut-être, mettre sa carrière entre parenthèses.

Mais M. Maudet n’a pas été élu non plus. C’est le Tessin qui retrouve une place au Conseil fédéral. Cette revendication n’était-elle pas justifiée?

Bien sûr. Il est important que la population suisse dans toute sa diversité se sente représentée au Conseil fédéral. Mais pourquoi cela vaut-il pour le Tessin et pas pour les femmes? Je peux comprendre que la candidature d’Isabelle Moret souffrait d’un handicap, à savoir que le canton de Vaud a déjà un conseiller fédéral en la personne de l’UDC Guy Parmelin. Mais ça ne justifie en rien la manière dont elle a été traitée.

La faute au PLR, aux médias, aux candidats eux-mêmes?

La droite doit assurément soutenir davantage ses représentantes. Ce que nous obtenons, nous devons le mériter deux fois. J’ai eu les mêmes difficultés pour revendiquer ma place comme candidate au Conseil d’Etat en 2006. Deux hommes étaient déjà sur les rangs. Moi, je n’étais qu’une simple municipale et on m’a bien fait comprendre qu’on n’avait pas besoin de moi. J’ai dû m’imposer et j’ai été élue. Pareil cet été, lorsque j’ai fait part de mon propre intérêt pour une candidature au Conseil fédéral. On m’a souvent demandé: «Mais pourquoi te présenterais-tu? Il y a déjà Ignazio Cassis.»

Mais il n’y avait pas vraiment un élan vaudois pour porter Isabelle Moret au Conseil fédéral?

Une élection au Conseil fédéral se remporte devant l’Assemblée fédérale et pas dans les médias. Lorsque Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard étaient candidats, le gouvernement vaudois les a soutenus car ils faisaient partie de notre équipe. Isabelle Moret siégeant à Berne, il n’y a pas la même proximité. Cela dit, un élément nouveau est apparu: Pierre Maudet faisant figure d’outsider, il a mené une campagne à la française. Etre offensif était sa meilleure chance. Il a donné le ton et il n’a pas été facile pour ses concurrents de s’adapter en si peu de temps.

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