Après le bruit et la fureur, le trouble. Dans les milieux culturels, personne n’applaudit les déprédations qui ont marqué la nuit de samedi à dimanche. Réunis à l’enseigne de La Culture Lutte, professionnels et artistes condamnent «les méthodes destructives employées, qui ne servent en rien la cause qu’ils prétendent défendre.» Et à l’Usine, qu’en dit-on? Depuis cet automne, ce pôle de la vie alternative est au cœur d’une nouvelle bataille droite contre gauche. Clément Demaurex, l’un de ses représentants, est loin pourtant de cautionner ces débordements: «La seule chose que je peux dire, c’est que nous ne sommes pas à l’origine de la manifestation, que nous n’y avons pas participé en tant qu’association, bref, nous ne sommes que spectateurs.»


Si personne n’approuve, certains tentent de comprendre. Membre de La Culture lutte, le sociologue genevois Luca Pattaroni évoque l’asphyxie qui affecterait une partie de la jeunesse: «Ce type de manifestation s’apparente à une jacquerie, ces révoltes paysannes qui marquent le Moyen Âge. Une certaine jeunesse se considère méprisée. Il y a une série de facteurs qui sont à l’origine de ce sentiment: la pression réglementaire d’abord, mais aussi financière, celle qui fait que le prix du mètre carré est astronomique en ville et qu’il n’y a plus d’espaces disponibles. Une frange de la population se sent étouffée.» Et le chercheur attaché au Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL de rappeler l’importance des squats naguère comme lieux d’économie parallèle et de créativité.

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Certitude à ce stade: le climat politique a rarement été aussi volcanique au bout du lac. «Quand je suis arrivée à l’Usine comme programmatrice de théâtre, j’avais en tête que le monde alternatif devait s’interdire de recourir à la casse, raconte Myriam Kridi, aujourd’hui directrice du Festival de la Cité à Lausanne. J’estimais, et j’estime toujours, qu’il y a d’autres moyens de s’exprimer. Mais la violence du week-end est à mettre en regard avec la violence politique que beaucoup subissent à Genève. On coupe dans les subventions, on menace l’existence de certains lieux, ça un effet direct sur la vie des gens.»


Pas une réaction cutanée donc, mais une menace de gangrène. Luca Pattaroni propose ce diagnostic: «Il y a des jeunes qui ne se retrouvent pas dans la culture alternative de leurs devanciers. Ils n’ont aucun lieu qui leur ressemble, ils sont en déshérence. Il serait aberrant de se contenter de les stigmatiser en les traitant de racaille.» «Lisez les déclarations de Renverse. ch. à l’initiative du rassemblement de samedi, et vous constaterez qu’il n’est nullement question de défense de la culture alternative», note Clément Demaurex. Vous avez dit malaise dans la civilisation genevoise?

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