A l’annonce de sa démission, Jacques Bourgeois a eu droit à une standing ovation. Annoncé à l’occasion de l’assemblée des délégués de l’USP, son retrait intervient pourtant à l’orée d’une année qui s’annonce particulièrement intense pour les paysans. Les initiatives incriminant le monde paysan pleuvent, les agriculteurs ont rarement été aussi inquiets. Trois questions au conseiller national PLR pour évoquer le passé – et le futur – de l’agriculture helvétique.

A propos de l'assemblée des délégués de l'USP: La grande peur dans la campagne

Le Temps: Vous avez passé vingt-deux ans à l’USP, dix-sept ans à sa tête, qu’en retirez-vous?

Jacques Bourgeois: Il s’est passé énormément de choses. Je retiens en particulier les quatre grandes réformes de politique agricole que j’ai menées, lors desquelles nous avons toujours réussi à obtenir gain de cause contre les coupes budgétaires proposées. Cela a toujours été un combat. Sous ma direction, nous sommes également parvenus à préserver le pays des OGM, et à instaurer le label «Swissness», destiné à promouvoir les produits locaux. Je suis également fier d’avoir remporté l’initiative sur la sécurité alimentaire en 2018 avec 78,7% des suffrages, qui a inscrit dans la Constitution le rôle de la production paysanne suisse. La restructuration de l’Agroscope est également l’une de mes dernières grandes réussites.

Comment le monde agricole a-t-il évolué durant votre mandat?

Je tire un grand coup de chapeau aux familles paysannes. Il y a eu des changements majeurs dans le politique agricole. Et à chaque fois les familles paysannes s’y sont adaptées. Il y a quelques années, je suis allé visiter une exploitation dans l’Emmental. Son exploitant trayait ses vaches le matin et le soir et faisait les foins le week-end. En même temps, il travaillait 42 heures par semaine dans une entreprise locale. Quand vous voyez cette dévotion, vous vous dites que nous sommes chanceux d’avoir de telles personnalités pour entretenir le paysage suisse, qui est magnifique. Je fais beaucoup de vélo, je croise souvent des touristes et on me le répète souvent.

Vous partez. L’avenir de l’agriculture suisse est-il assuré?

Il faut rester confiant. J’ai suivi une maxime durant toute ma carrière: «Toujours donner le meilleur de soi-même.» Il ne faut jamais lâcher son os! En ce moment, les paysans ont la vie particulièrement difficile, spécialement à cause des deux initiatives prévues l’année prochaine sur les pesticides. C’est très dur, mais il faut rester positif. Je quitte mon poste à l'USP, mais je continuerai de défendre leurs intérêts au parlement durant la prochaine législature.