Référendum

Jacques Bourgeois, sur la Stratégie énergétique 2050: «Personne n'a été acheté»

L'UDC a déposé 68 736 signatures pour le référendum contre la Stratégie énergétique 2050. Partisan de cette réforme, Jacques Bourgeois avertit des risques de son échec et critique les chiffres avancés par le comité référendaire

L’UDC et l'Alliance Energie du Fribourgeois Lukas Weber ont déposé jeudi 68 736 signatures exigeant le référendum sur la Stratégie énergétique 2050. La votation aura lieu le 21 mai. Fervent partisan de la nouvelle législation sur l’énergie, le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’Union suisse des paysans (USP), réagit.

Le Temps: Le comité référendaire dit que la SE 2050 est ruineuse. Il avance une facture de 200 milliards de francs, soit 3200 francs par ménage par an. Cette réforme est-elle vraiment aussi coûteuse que cela?

Jacques Bourgeois: Absolument pas. Le référendum ne concerne que le premier paquet de la réforme énergétique 2050. Celle-ci prévoit de faire passer de 1,5 ct./kWh à 2,3 ct./kWh le prélèvement sur le prix du courant destiné à financer les énergies renouvelables. Pour un ménage qui consomme 4500 à 5000 kWh par an, cela représente 40 francs de plus par année. Les opposants mélangent la deuxième étape, soit le système de taxes incitatives mis en route du temps d’Eveline Widmer-Schlumpf. C’est un amalgame abusif. La semaine dernière, la commission financière a recommandé à l’unanimité moins une abstention de ne pas entrer en matière sur cette deuxième étape. Et je pense que la commission de l’énergie confirmera ce choix dans dix jours.

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– Mais la première étape suffira-t-elle à réaliser le tournant énergétique?

– Il faudra une deuxième étape, car la première est de toute manière limitée dans le temps. Mais d’autres modèles sont en discussion, plus conformes aux règles du marché que le système de taxes incitatives que le comité référendaire inclut dans ses calculs et qui n’a aucune chance d’être accepté. Il faut faire le constat suivant: on ne construira plus de nouvelles centrales nucléaires selon les technologies actuelles. Toutes les demandes ont été retirées.

– Mais n’est-il pas dangereux d’interdire la construction de nouvelles centrales nucléaires si de nouvelles technologies font leurs preuves?

– Le PLR s’est battu pour qu’on n’interdise pas la recherche et l’innovation dans le domaine nucléaire. Il n’est pas exclu qu’une nouvelle technologie plus sûre, productrice de moins de déchets soit mise au point un jour. Mais ça prendra des décennies, rien n’existe sur le marché pour l’instant. Il faut donc bien remplacer les 40% d’électricité nucléaire par autre chose. La SE 2050 apporte les premiers soutiens nécessaires au photovoltaïque, à l’éolien, à la biomasse et à l’hydraulique, qui connaît de grandes difficultés. Nous devons développer la production d’électricité à l’intérieur du pays plutôt que de dépendre des importations.

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– Le comité référendaire dit que, avec cette nouvelle loi, on a acheté tout le monde, les propriétaires de barrages comme les agriculteurs qui espèrent obtenir des subventions pour des panneaux solaires.

– Personne n’a été acheté. Le soutien de la production d’énergie renouvelable indigène est une question de sécurité d’approvisionnement en électricité. Il faut commencer par soutenir financièrement ce type de production avant, dans une seconde étape, de mettre sur pied un système plus conforme aux règles du marché, par exemple des quotas. Cela sera aussi créateur d’emplois dans ces nouveaux secteurs de production.

– Mais la liste d’attente est longue. Est-il réaliste de vouloir développer les panneaux solaires à grande échelle?

– Si la liste d’attente est si longue, c’est parce que les montants sont limités. En augmentant le prélèvement sur l’électricité à 2,3 ct./kWh, on pourra accélérer la réalisation des projets en attente. En investissant dans la recherche et l’innovation, on trouvera aussi le moyen de stocker cette électricité.

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– Le référendum est soutenu par le lobby automobile, Gastrosuisse ou encore Swissmem. Craignez-vous que d’autres organisations basculent dans le camp référendaire, par exemple l’USP, qui est proche de l’UDC?

– L’USP a toujours soutenu la SE 2050. Comme le référendum a abouti, la Chambre d’agriculture, qui est notre parlement, prendra une nouvelle fois position au terme d’un débat contradictoire que nous organisons prochainement. Mais je reste confiant et espère que l’USP ne changera pas de position.

– Et le PLR, qui est divisé? Votre présidente Petra Gössi est opposée à cette loi.

Le groupe parlementaire PLR a voté à deux tiers en faveur de la SE 2050. Les délégués se prononceront le 4 mars à Fribourg. J’espère évidemment que le PLR confirmera son soutien à cette réforme énergétique. En cas de refus, on se retrouverait dans une insécurité totale.

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