Grève du climat

Jacques Dubochet: «Nous vivons un moment historique»

La grève du climat n'a pas attiré que des écoliers. Le prix Nobel de chimie 2017 vaudois Jacques Dubochet, 76 ans, s'est mêlé à la foule

Le Temps: Pourquoi avez-vous participé à la grève scolaire pour le climat?

Jacques Dubochet: Nous vivons un moment historique! Lorsque j’ai entendu le discours que la Suédoise Greta Thunberg, qui milite pour le climat, a tenu lors de la COP24, j’ai pleuré. Je l’ai réécrit sur un bout de papier que j’ai glissé dans ma poche. Je ne m’en sépare plus. Et maintenant, les écoliers en Suisse! C’est magnifique. La veille encore, quelqu’un disait que ce ne serait qu’un feu de paille. C’est faux. Ces jeunes ne peuvent pas faire autrement, c’est leur vie qu’ils prennent en main. Je crois en leur force.

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- Quel impact peut avoir ce mouvement?

Leurs demandes sont extrêmement sévères: ils réclament davantage que ce qui a été signé dans les Accords de Paris. Décréter l’urgence climatique, cela signifierait que toutes les décisions politiques devraient tenir compte du climat. Sortir du carbone d’ici à 2030, c’est très ambitieux! J’aurais plutôt misé sur 2035…

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- Ambitieux ou irréaliste?

C’est de nature à provoquer un électrochoc auprès de la classe politique. Et elle en a besoin! Le changement ne viendra pas de l’establish­ment, mais de la jeunesse.

- N’y a-t-il pas chez les jeunes une contradiction entre discours et comportements?

Il faut leur donner le temps! Ils ont grandi dans une société qui les a éduqués à consommer. L’électrochoc, c’est aussi pour eux qu’il a lieu.

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- Vous avez dit craindre que les jeunes traitent un jour votre génération de «salauds» pour n’avoir pas assez agi pour le climat. Est-ce en train de se produire?

Je n’ai pas entendu une seule insulte pendant le cortège. Il y avait une atmo­sphère extraordinaire, les gens étaient à la fois joyeux et étonnés. Ce sont des débutants, pas des routards de la politique. On assiste à un éveil. Et si les jeunes veulent quelque chose, les vieux ne pourront pas y résister.

- Et après?

Le parlement a décidé de ne pas prendre de mesures pour le climat. Eh bien il faut continuer à faire pression pour qu’il se mette au travail. Les forces au pouvoir seront secouées, mais je ne crois pas que leur réaction sera à la mesure des attentes. La prochaine étape, ce sont les élections d’octobre 2019: les circonstances semblent favorables à un changement.

Voir finalement notre vidéo: Ils ont fait la grève pour le climat

- Pourtant, le vote de la population suisse ne reflète pas ce souci écologiste…

Le progrès ne viendra pas seulement des rangs écologistes. L’économie libérale doit se mettre au boulot. Il faudrait pour cela qu’elle considère que le capital n’est pas seulement financier. Il englobe aussi l’environnement, la qualité de vie et bien d’autres choses encore. 

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