40 du Jura

Jacques Gerber: «Le conflit autour de Moutier alimente les frustrations»

L’absence de la délégation bernoise pour raisons de sécurité a terni l’anniversaire de la création du Jura. Le président du gouvernement jurassien regrette les appels à la violence, mais les explique par le regain de tensions provoquées par les incertitudes liées à l’avenir de la ville de Moutier

La fête a été belle le week-end dernier à Saignelégier pour le 40e anniversaire de la création du canton du Jura. Parmi les 14 000 visiteurs, des représentants de tous les cantons. Tous sauf un. La délégation bernoise a dû renoncer à se rendre dans les Franches-Montagnes, suite aux risques de débordements que cette présence aurait pu provoquer. Une absence qui rappelle que les plaies de la Question jurassienne sont encore à vif. Le président du gouvernement, le PLR Jacques Gerber, revient sur l’incident.

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Le Temps: Berne absent des 40 ans du Jura. L’image n’est guère flatteuse pour un canton qui se dit ouvert…

Jacques Gerber: Tout d’abord, j’aimerais insister: en tant que président du gouvernement jurassien, je regrette sincèrement l’absence de la délégation bernoise. La décision a été prise après une discussion ouverte et sérieuse entre les autorités des deux cantons. Nous avions reçu des informations laissant entendre que quelques individus préparaient des actions spécifiquement à l’encontre du conseiller d’Etat bernois Pierre Alain Schnegg.

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Vous ne pouviez donc pas assurer sa sécurité?

Nous aurions pu garantir sa sécurité. Mais sa présence aurait provoqué des heurts. Et les éventuelles images de policiers jurassiens devant intervenir contre d’autres Jurassiens auraient clairement terni les festivités. Je le répète, la colère n’était pas adressée contre les Bernois, mais visait la personne de Monsieur Schnegg, en particulier à cause de son engagement en faveur du maintien de Moutier dans le canton de Berne.

Comment expliquer toutes ces tensions autour de Moutier?

Nos deux gouvernements, jurassien et bernois, se sont engagés à clore une fois pour toutes la Question jurassienne dès que le cas de Moutier sera réglé. Mais il ne l’est toujours pas. Le vote du 18 juin 2017 sur le rattachement de la ville au canton du Jura fait l’objet aujourd’hui de recours devant la justice. Cette longue procédure judiciaire, qu’il ne m’appartient pas de commenter de par la séparation des pouvoirs, alimente les frustrations auprès de toutes les personnes qui se sont engagées dans ce combat. C’est une période d’incertitudes difficile pour beaucoup. Je peux comprendre le sentiment d’amertume de certains, par contre je ne peux accepter la violence ou les appels à la violence.

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Pourtant, à l’exception du cas de Moutier, le canton du Jura existe depuis quarante ans. Pourquoi n’arrive-t-on pas à refermer les plaies?

Lors de l’anniversaire de ce week-end, plusieurs délégations cantonales m’ont fait part de leur surprise de ce sentiment d’appartenance extrêmement fort. Quarante ans, cela peut paraître long, mais ce n’est pas encore de l’histoire. Nombreux sont ceux qui ont vécu ce combat autonomiste et aiment se remémorer les grands épisodes. C’est également vrai que nous sommes arrivés à un changement d’époque. Nous ne devons pas oublier notre histoire, mais celle-ci ne doit plus conditionner toutes nos décisions. Et même s’il est plus euphorisant de fonder un canton que d’en assurer par la suite le développement, nous devons insuffler un nouveau souffle au Jura.

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