C'est le généraliste genevois Jacques de Haller, 52 ans, qui présidera la Fédération des médecins suisses (FMH) et ses 26 000 praticiens affiliés. Il a été élu samedi, à Bienne, au cinquième tour de scrutin, par 101 voix contre 75 contre l'actuel vice-président de la FMH, le chirurgien et conseiller national Yves Guisan, pour succéder, dès le 1er juillet, à Hans-Heinrich Brunner, nommé à la tête du secteur assurance maladie et accident de l'Office fédéral de la santé publique. Jacques de Haller préside actuellement la Société suisse de médecine générale.

Le Temps: A quoi attribuez-vous votre élection?

Jacques de Haller: Il y a au sein des médecins un important besoin de renouvellement du cadre de la FMH. Il n'y a pas eu de vote de défiance à mon égard de la part des spécialistes, qui ont compris que je pouvais aussi me battre pour eux avec la même énergie que je l'avais fait pour les généralistes. Je crois que j'ai aussi pu bénéficier de l'appui, au tour final, de l'Association suisse des médecins assistants et chefs de clinique (ASMAC), qui se sont sentis insuffisamment défendus par la FMH face à la clause du besoin qui bloque leur installation en cabinets.

– Le clivage entre spécialistes et généralistes risque-t-il de peser lourdement sur votre mandat?

– Ces tiraillements existent. Nous avons sans doute sous-estimé les inquiétudes des spécialistes dans l'application du Tarmed. Mais je constate aussi que ceux-ci ne sont pas restés crispés sur cette question. Nous avons encore assez d'espace de négociation au sein de la FMH pour tenir compte des revendications notamment des chirurgiens. Ce qui m'inquiète le plus, et nécessitera un gros investissement de ma part, c'est le moral des médecins. Au-delà des problèmes de paperasserie, d'assurances et de tarifs, les médecins ne sont pas bien dans leur peau. Ils ont un problème d'image et de place dans la société. Leur fonction change, un docteur n'est plus un docteur. Je m'attacherai à essayer de décrire et de décrypter ce malaise.

– La grande question pour la FMH restera la clause du besoin, qui bloque l'installation de nouveaux médecins, et le projet de supprimer l'obligation de contracter…

– Effectivement. La clause du besoin arrivera à échéance dans un an. Pascal Couchepin remet cela en proposant de reprendre les mêmes normes de densité médicale, sur la base en fait de la situation actuelle. Or cette clause n'a rien apporté. Elle n'a pas fait baisser les coûts de la santé et n'a été utile pour freiner l'immigration médicale européenne, puisque cette migration n'existe pas. Par contre, certains cantons ont empêché l'installation notamment de généralistes ou de spécialistes dont on a pourtant besoin.

En ce qui concerne la suppression de l'obligation de contracter, nous sommes absolument décidés à nous y opposer. D'une part en laissant les assureurs décider avec qui ils veulent travailler, on rompt unilatéralement l'équilibre nécessaire entre les partenaires du système de santé. Mais surtout, c'est la perte du libre choix du médecin par les patients, qui constitue une intrusion dans l'espace de relation entre le médecin et son patient. Pas question d'entrer en matière.