«Choqué» par la disparition du titre qu’il a fondé en 1981, le journaliste Jacques Pilet, membre de la direction de Ringier, estime que «L’Hebdo» laissera sa marque dans l’histoire. D’abord parce qu’il a façonné l’espace romand tel que nous le connaissons aujourd’hui. «Il faut bien voir le paysage de la presse à cette époque, rappelle-t-il. Il n’y avait pas de presse romande. Il y avait seulement «L’Illustré» et «La Suisse», qui n’atteignait pas toute la Suisse romande, et sinon des journaux régionaux. Il fallait un magazine qui fasse circuler l’information à l’échelle romande. Qui fasse que la Suisse romande se tourne vers l’avenir, qu’elle prenne conscience de ses possibilités.»

Identifié comme plutôt de gauche aujourd’hui, «L’Hebdo» à ses débuts était indépendant du clivage gauche-droite, estime Jacques Pilet. Le magazine crée le prix de l’entrepreneur de l’année. Dès 1985, il est l’un des premiers titres à s’intéresser de près à la relation de la Suisse avec l’Union européenne. Une attention reprise dans le foulée par le Nouveau Quotidien, autre bébé de Jacques Pilet, qui fut l'un des premiers titres à envoyer un correspondant à Bruxelles.

Combat identitaire

Le magazine se positionne aussi dans la défense des intérêts romands face à la domination alémanique. «Un autre combat, pour ainsi dire identitaire, a été celui du Centre culturel suisse de Paris, raconte le père fondateur de «L’Hebdo». Pro Helvetia voulait ce centre, mais le Conseil fédéral avait refusé, sans doute parce que les Alémaniques n’aimaient pas tellement l’idée. On avait mené une grande campagne et récolté des signatures auprès des lecteurs. La vague de fond a été telle que le Conseil fédéral a fini par céder.»

Autre temps, autres mœurs. Aujourd’hui, l’europhilie est passée de mode, la Suisse romande dynamique et sûre d’elle est presque une évidence. «L’Hebdo» a-t-il payé le prix de son dépassement idéologique? Jacques Pilet n’est pas d’accord. Si l’idée d’espace médiatique romand s’est imposée, le besoin de débat, de «dire des choses dérangeantes» et d’être «totalement indépendant» demeure, selon lui. «Le besoin latent pour cela est fort, et on verra peut-être des évolutions de titres existants, ou des nouveaux supports qui apparaîtront. Dans l’histoire de la presse, quantité de journaux sont apparus et ont disparu. Cela fait partie de la vie, de la biologie de la presse et des médias, en tout cas dans le privé.»


Cet article a été corrigé après publication: contrairement à ce que nous indiquions, la création du forum de Glion, ancêtre de l'actuel Forum des 100 de «L'Hebdo», a en réalité été créée sous l'égide du «Nouveau Quotidien». 


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