Chez les de Watteville, vieille famille patricienne bernoise, on a le sens de l’Etat. «Il y a chez moi, c’est vrai, un goût marqué du service public et du sens du devoir, qui relève d’une tradition dont je suis fier», confiait Jacques de Watteville au Temps en juin dernier.

A 66 ans – il les fêtera en juin prochain – le Vaudois de naissance s'apprête à faire ses cartons, après 35 ans passés au service de l'Etat. Ce diplomate tout-terrain quittera la Berne fédérale plus ou moins en mars prochain. Plus ou moins, car s'il transmettra formellement à cette date-là le dossier compliqué des négociations avec l’Union européenne à la Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Pascale Baeriswyl, il restera jusqu’à fin juin à disposition de cette dernière, si nécessaire, comme il l’a indiqué au Conseil fédéral.

Lire la grande interview que Jacques de Watteville nous a accordée en juin 2016 

Négociateur en chef depuis 2015

Jacques de Watteville a joué les prolongations au sein de l’administration fédérale, parce que le gouvernement l'y a invité. Plus d’un an après le vote du 9 février 2014 sur «l’immigration de masse», les relations sont enlisées avec l’Union européenne, qui refuse de renégocier l’Accord sur la libre circulation des personnes. Différents dossiers sont en souffrance, les discussions éparpillées entre différents départements. 

En août 2015, révisant sa stratégie, le gouvernement désigne alors le Vaudois comme négociateur en chef, interlocuteur privilégié de Bruxelles. Un camouflet pour le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères d’alors, Yves Rossier. A l'instar du Fribourgeois, Jacques de Watteville est lui aussi terriblement rusé mais sous des airs beaucoup plus ronds. Toujours souriant, il a l'entregent nécessaire pour convaincre sans braquer.

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Lorsqu’il est nommé super négociateur avec l’UE, Jacques de Watteville est encore Secrétaire d’Etat aux questions financières internationales (SFI). Mais la grande lessive est presque terminée. Au SFI depuis 2013, avec la bénédiction d’Eveline Widmer-Schlumpf, il a participé au règlement du conflit qui opposait les banques à la justice américaine, a préparé le passage à l’échange automatique d’informations et à la mise en conformité de la place financière avec la plupart des standards internationaux.

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Le Brexit, caillou dans la chaussure du diplomate

Sur le front européen, Jacques de Watteville aura moins de réussite. Il s’accroche longtemps à une idée: il y aurait une possibilité de concilier le vote du 9 février 2014 avec l’accord sur la Libre circulation des personnes, en exploitant l’article 14 alinéa 2 de cet accord. Ce dernier autorise, en cas de difficultés sérieuses d’ordre économique ou social, des mesures extraordinaires.

Mais comme beaucoup d’autres, Jacques de Watteville n’a pas vu venir le Brexit, en juin dernier. Le vœu des Britanniques de sortir de l'UE réduit à néant les progrès effectués jusque là entre Bruxelles et Berne. L’année 2016 se termine pour Jacques de Watteville par un suivi attentif des débats parlementaires de mise en oeuvre de l’initiative «contre l'immigration de masse». Avec même, des conseils ci et là de la part du Vaudois pour rendre la copie de l’Assemblée fédérale la plus compatible possible avec l’Accord sur la libre circulation des personnes.

Au niveau institutionnel, le départ de Jacques de Watteville signifiera un retour à la normale au DFAE, avec la secrétaire d'Etat dans le rôle de négociatrice avec l'Union européenne.   

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