Le Temps:Membre du Parti libéral depuis l'âge de 18 ans, vous voilà candidat au National sous la bannière d'Ecologie libérale. Une rupture avec votre parti?

Jacques-André Haury: Je tiens à souligner qu'il s'agit d'Ecologie «libérale». Par ailleurs, le parti auquel j'ai adhéré à 18 ans n'est plus tout à fait le même. Il a perdu deux dimensions d'identification historiques, ses liens avec l'université d'un côté, de l'autre avec l'Eglise libre, qui a fusionné avec l'Eglise nationale. D'autres intérêts ont été atténués au profit de l'aile économique. C'est d'ailleurs la première fois que nous aurons, avec Philippe Leuba, un conseiller d'Etat libéral qui est un représentant des milieux économiques.

- En clair, vous ne vous sentez plus aussi proche du parti...

- L'écart entre libéraux et radicaux est devenu si faible que ces partis doivent fusionner. L'électorat attend l'émergence d'un courant humaniste qui place l'homme dans son environnement. Ecologie libérale répond à ce souhait. Enormément de gens s'intéressent au développement durable - une très belle notion - mais ne veulent rien avoir à faire avec la gauche. Jusqu'à maintenant, les gens qui nourrissent une sensibilité écologique sont presque contraints de s'acoquiner avec des partis qui sont pour la caisse unique, contre la révision de l'AI, contre les nouvelles lois sur l'asile ou pour la dépénalisation du cannabis.

- Comment expliquer que libéraux, UDC et radicaux vaudois refusent l'apparentement avec Ecologie libérale. Y voient-ils une menace?

- Dans un premier temps, j'y vois une démarche d'intimidation. C'est légitime, car l'éclosion d'une nouvelle liste entraîne forcément la dispersion de certains électeurs. Mais les Valaisans et les Neuchâtelois, où la droite traditionnelle a accepté une alliance avec Ecologie libérale, ont procédé à une analyse un peu plus sereine, qui correspond à l'intérêt général. Tous les gens attachés au libéralisme peuvent se réjouir de l'émergence d'Ecologie libérale

- Votre candidature est-elle motivée par un réel penchant écologique ou par un ras-le-bol des libéraux?

- J'ai été parmi les premiers à avoir une pompe à chaleur et un véhicule hybride. J'ai toujours trié mes déchets. L'économie d'énergie fait partie de mon éducation. Je suis gêné que les préoccupations environnementales soient le monopole de la gauche. Le développement d'Ecologie libérale est pour moi une grande satisfaction. Mon engagement est de nature à renforcer ce mouvement, à un moment où le Parti libéral a laissé entendre qu'il ne comptait plus guère sur moi.

- Le président du Parti libéral suisse, Claude Ruey, l'a dit: si un député vaudois est élu au National sous une autre étiquette, il devra choisir entre son appartenance au parti et son mandat... Vous avez donc choisi?

- Choisi quoi? Si je suis élu au National, je ne siégerai plus au Grand Conseil. Les élus d'Ecologie libérale, s'il y en a, se tourneront naturellement vers un groupe parlementaire de droite, les libéraux-radicaux dans mon cas. Nous ne nous appelons pas Ecologie libérale par hasard! A terme, cela dit, Claude Ruey a sans doute raison: s'il présente une liste, ce mouvement pourrait, par enchaînement logique, devenir un parti.

- Vous êtes un politicien polyvalent. Si vous êtes élu, ferez-vous de l'écologie votre champ d'action privilégié?

- Je mène déjà un combat à forte teneur écologique, en me battant par exemple contre la multiplication des substances chimiques que l'on fait ingérer aux patients. Plus généralement, contrairement à la droite, je suis d'avis que sur ces questions, on ne peut pas faire prévaloir les lois du marché. L'Etat doit endosser un rôle incitatif, parfois même contraignant.

- Vous approuvez donc des mesures drastiques en matière d'efficacité énergétique et de soutien aux énergies renouvelables?

- Absolument. L'idée d'économiser de l'énergie fait un peu mal. Mais le fait même que cela fasse mal me fait penser qu'il faut des gens de droite pour le dire. L'écologie implique une limitation partielle de la liberté individuelle.

- Un prix de l'essence à deux francs, de nouvelles centrales nucléaires?

- Un litre d'essence à deux francs ne m'effraie pas. L'élévation du prix de l'énergie permettra son économie et des investissements dans les renouvelables. Sur le nucléaire, je ne suis pas manichéen. Mais le nucléaire est un oreiller de paresse qui empêche notre société de se tourner vers des technologies plus propres. Je m'opposerai à la construction de nouvelles infrastructures, pas parce que c'est le diable mais parce que c'est la solution de facilité.