Minorités

Jacques-André Maire: «Pas assez de Latins aux postes clés»

Le président d’Helvetia Latina s’inquiète de l’absence de Romands et de Tessinois dans les organes dirigeants des entreprises de l’Etat

L’association Helvetia Latina, qui défend la représentation des minorités linguistiques dans l’administration fédérale, s’inquiète de l’absence de Romands et de Tessinois à la direction de Swisscom, de La Poste et de CarPostal. Son président, Jacques-André Maire (PS/NE), a interpellé le Conseil fédéral à ce sujet.

La faible représentation des italophones et des francophones dans les instances dirigeantes des entreprises fédérales n’est pas un phénomène nouveau. Pourquoi intervenir maintenant?

C’est vrai que ce n’est pas nouveau, mais la situation s’est aggravée. Je prends l’exemple de La Poste: le seul membre romand de la direction a été remplacé par une Alémanique. On nous la présente certes comme une bilingue, mais elle est Alémanique. De manière générale, il n’y a pas non plus assez de femmes dans les organes dirigeants.

Helvetia Latina n’aurait-elle pas dû réagir plus tôt?

C’est bien possible. Mais nous nous attelons à cette question avec détermination. Nous avons interpellé le Conseil fédéral et attendons sa réponse. En fonction de celle-ci, nous déciderons si nous devons utiliser des moyens plus contraignants, sous la forme d’une motion ou d’une initiative parlementaire. Nous nous adressons à la Confédération car elle est actionnaire unique ou majoritaire de ces entreprises. Elle ne peut pas juste nous répondre que les entreprises sont autonomes et peuvent faire le choix de recrutement de leur personnel et de leurs cadres de manière indépendante.

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Ce problème est-il général ou ne concerne-t-il que certaines entreprises de la Confédération?

Nous avons l’impression qu’il est général. Nous observons en revanche que la situation s’est améliorée au sein de l’administration fédérale elle-même. Trois Romands ont récemment été nommés à la tête des offices fédéraux de la construction et de la logistique, de l’énergie et de l’environnement. Ils s’engagent eux-mêmes à corriger ce déficit latin dans le cadre de leur politique de recrutement. Il y a aussi un Romand au sein de la direction générale des CFF. Mais que se passera-t-il lorsqu’il quittera son poste? Nous avons de bonnes raisons de nous inquiéter. La réflexion porte aussi sur le conseil d’administration des CFF, où des postes seront renouvelés prochainement.

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Des ressortissants allemands, voire autrichiens, font partie de la direction de certaines de ces entreprises, notamment La Poste et Ruag. Est-ce un problème?

Nous avons pu constater que les cadres allemands ne comprenaient pas toujours l’importance de la diversité culturelle de notre pays. Cela peut donc être un problème.

Avez-vous des contacts directs avec les chefs des départements?

Des contacts informels. Nous avons par exemple rencontré Ueli Maurer, qui est à la tête de l’Office fédéral du personnel et auprès de qui est rattachée la déléguée au plurilinguisme, qui essaie aussi de sensibiliser les conseillers fédéraux. Le président du conseil d’administration de La Poste, Urs Schwaller, que nous avons également rencontré, se dit aussi conscient du problème. Mais je pense qu’il faut envisager des moyens plus contraignants.

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