«J’ai décidé de ne pas bouger et de me faire toute petite»

L’annonce le 20 juin par le Conseil fédéral d’une application «sérieuse» de l’initiative «Contre l’immigration de masse» n’a pas surpris outre mesure les frontaliers. Eux aussi seront soumis à un système de contingents, à partir de quatre mois de séjour, au même titre que tous les étrangers et permis C. «Le Conseil Fédéral a respecté la vox populi, ce qui nous semble normal» indique Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen (GTE), basé à Annemasse (Haute-Savoie), qui recense 35 400 adhérents.

Il n’en reste pas moins que l’inquiétude est vive car une transposition dans la législation suisse abolirait le principe de la libre circulation des personnes en vigueur avec l’Union européenne. «On pourrait alors aller vers de nouvelles votations sur les accords bilatéraux dont l’issue, dans le contexte actuel, est incertaine», avance Jean-François Besson. A l’échelle du frontalier, si le risque immédiat de perte d’emploi paraît limité car «la Suisse a besoin de cette main-d’œuvre», les craintes liées au système de quotas et de préférence nationale incitent les salariés en poste à changer d’attitude. «Nos adhérents disent: j’ai un travail, je le conserve, je ne vais pas chercher un autre travail ou demander un autre poste car la question autour du renouvellement du permis se pose désormais», commente le responsable. Exemple avec Hélène, infirmière depuis huit ans aux HUG au service néonatal: «Je voulais passer à autre chose, comme la réanimation. Mais j’ai décidé de ne pas bouger et de me faire toute petite. J’ai un boulot, je m’en contente. D’autant qu’il se raconte que la Suisse a décidé de remettre 150 000 femmes au travail.»

La fin des «belles années»

Jean-François Besson dépeint l’avenir en sombre, avec des entreprises internationales qui vont hésiter à s’installer en Suisse, «et ce sera autant d’emplois en moins, ce qui impactera les frontaliers». Les dommages pourraient être aussi moraux avec une exacerbation du sentiment anti-frontalier d’un côté et une rancœur de l’autre. «Le frontalier qui travaille en Suisse depuis trente ans et qui a contribué grandement à sa prospérité ne comprend pas, il est un bouc émissaire.» L’âge d’or du frontalier s’achève-t-elle? «Avec la réforme de l’assurance maladie et de la fiscalité et l’arrivée des quotas, les belles années sont sans doute derrière nous», répond-il. Le très influent GTE n’a pour l’heure reçu aucun message «rassurant» de Berne, mais François Longchamp recevra ses responsables début juillet. Une grève générale un jour pour montrer que Genève et la Suisse sans les frontaliers ça ne marche pas? «C’est un fantasme, juge Jean-François Besson, et ce serait contre-productif.»