Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, est un habitué des airs. Aussi, lorsqu'en descendant sur Bruxelles où il se rendait comme chaque semaine pour son travail, son avion fait un «demi-tour rapide et brusque», il sait déjà que quelque chose d’étrange se passe. A 5000 mètres d’altitude, la seule information disponible est fournie par le personnel de bord qui annonce que l’aéroport est fermé pour raisons de sécurité. Etant donné la situation actuelle, cette annonce n’est pas une surprise pour le diplomate.

Puis à Genève, il prend la réalité de plein fouet, amplifiée par les appels en absence des collègues de l’ambassade de Suisse à Bruxelles qui devaient l’accueillir à l’aéroport, et qu’il rassure immédiatement. «Nous sommes habitués à cette guerre, à ces clashs tragiques que subit l’Europe, mais avec une certaine distance. Or ce matin, la distance s’est réduite, et cela, ça vous prend aux tripes. C’est le choc, et on sait que la réflexion, elle, viendra après.» Sur le moment, Nicolas Bideau a juste eu envie de prendre l’air, de sortir au plus vite «de cet aéroport qui commençait à grouiller», et surtout de communiquer, sur les réseaux sociaux, dire sa présence, et se rassurer sur celle des autres.

Difficile à vivre, ce sentiment d’être passé juste à côté de la catastrophe: «Je fais beaucoup de haute montagne et j’ai éprouvé cette même impression lorsque, un jour, j’ai appris qu’un accident s’était produit en amont de ma position.» Effroi, tristesse, puis les calculs qu’on fait à son insu: «Que ce serait-il passé si j’avais pris un vol plus tôt? Et cette impression que tout est écrit d’avance…» Puis on pense aux victimes: «Hier soir, comme avant chaque voyage, j’ai dit au revoir à mes enfants. Et maintenant je pense à tous ceux qui ont dit la même chose aux leurs, au revoir, mais c’était un adieu.»


A propos des attentats de Bruxelles: