«J'ai honte de ce qui se passe dans ma ville, honte que des gens se fassent agresser physiquement à cause de leur origine ou de la couleur de leur peau.» La voix cassée par l'émotion, la conseillère nationale Pia Hollenstein (Verts/SG) s'adresse à la foule rassemblée sur la place du Marché de Saint-Gall. Un demi-millier de personnes a répondu à l'appel lancé par les socialistes de la ville, dont la démarche a reçu le soutien des partis bourgeois, à l'exception de l'Union démocratique du centre.

La manifestation qui a eu lieu mardi en fin d'après-midi à Saint-Gall répondait à des faits survenus dans la nuit de dimanche à lundi, au cours de laquelle une bagarre a éclaté entre des skinheads et des Noirs. Les premiers avaient-ils fomenté une attaque contre les seconds? Ce n'est pas certain.

Le conseiller national Paul Rechsteiner (soc./SG) a pris hier la parole pour dire que «la tolérance a des limites», celles que lui posent les activistes violents de l'extrême droite, précisément. Les orateurs ont souhaité que des mesures – notamment policières – soient prises pour combattre «la montée du racisme». Le président du FC Saint-Gall, dont le fan-club abrite quelques crânes rasés, a invité les membres de l'«African Club», local où se réunissent des Noirs, à venir assister au match contre Grasshoppers. «L'union fait la force, dit un Africain présent à la manifestation. Pas seulement entre Africains, mais entre nous et les Suisses. Ensemble nous devons résister aux racistes.»

De l'autre côté de la rue, un petit groupe disserte, debout à la terrasse d'un café. Un jeune homme qui ressemble à un skin dit qu'il n'a «rien contre eux (les Noirs), c'est eux qui nous en veulent». Un autre dit s'appeler Anton. C'est un Hells angel. «Moi aussi je suis étranger, je suis arrivé de Croatie en 1970.» Anton est le gérant de l'«Old Fashion Bar». Il se trouve que ce bar est le lieu de rencontre des skinsheads de Saint-Gall. Anton affirme cependant que les étrangers sont les bienvenus chez lui, ainsi que les Noirs, et dit regretter ce qui s'est passé dans la nuit de dimanche à lundi. Il n'est pas sûr que ces derniers répondent à l'invitation.