Les précipitations du 31 décembre et le déneigement chaotique qui a suivi ont entraîné des réactions virulentes au sein de la population neuchâteloise. Le conseiller d’Etat écologiste Fernand Cuche cristallise les critiques. On lui reproche d’avoir tardé à réagir malgré «l’anarchie qui a régné sur les routes du canton pendant trois jours», selon les termes d’un internaute courroucé.

L’UDC n’a pas manqué l’occasion de tirer à vue «sur le maillon faible» du gouvernement à majorité rose-verte. Le parti considère que les événements de ces derniers jours illustrent «le bilan catastrophique» du chef du Département de la gestion du territoire (LT du 06.01.2009). A trois mois des élections cantonales, Fernand Cuche reste philosophe. Il reconnaît que tout n’a pas été parfait mais regrette «la dimension très émotionnelle» du débat. Entretien.

Le Temps: Les critiques à votre égard se sont multipliées depuis le début de l’année. Si c’était à refaire, changeriez-vous quelque chose?

Fernand Cuche: Une précision pour ceux qui pensent que tout est de la faute de Cuche. En cas de conditions particulières, le Service d’entretien des routes déroge au plan d’économie arrêté en 2005. C’est ce qu’il a fait le 31 décembre. Il n’a pas besoin de mon aval pour cela. Sur le terrain, le personnel engagé a fait le maximum. En termes de communication, en revanche, on aurait pu faire mieux. Il aurait été indiqué de diffuser immédiatement un communiqué de presse pour informer les automobilistes de l’état du réseau routier. Il aurait aussi fallu signaler plus rapidement les endroits critiques avec des feux clignotants. Personnellement, je suis rentré du Valais le 1er janvier. Je ne suis pas intervenu. Je considère que les spécialistes ont plus d’expérience que moi pour régler ces problèmes. Mais si cette situation devait se reproduire, je téléphonerai à l’ingénieur cantonal pour voir quelles mesures ont été prises.

– L’UDC fait le lien entre l’opération déneigement et «votre mandat à 50%». Ils vous reprochent d’avoir manqué des conseils d’administration du Groupe E, de l’ECAP (Etablissement d’assurance et de prévention) et quitté prématurément le Salon d’horlogerie de Bâle quand vous étiez président du Conseil d’Etat. Seriez-vous un ministre dilettante?

– A Bâle, j’ai assumé mes responsabilités. Quand ma présence était nécessaire, j’étais là. Je suis parti avant la fin, quand j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Avant cela, je m’étais entretenu pendant vingt minutes avec Nicolas Hayek. Je ne l’ai pas crié sur les toits. C’est plus profitable qu’une heure et demi d’apéro où l’on répète toujours les mêmes choses. Quant aux conseils d’administration, il m’est arrivé de manquer une séance ou l’autre, c’est vrai. Mon emploi du temps peut changer au dernier moment selon l’actualité. Je dois parfois faire des choix.

– Certains de vos adversaires vous accusent de ne pas avoir les compétences pour siéger au Conseil d’Etat. Que leur répondez-vous?

– Evaluer les compétences d’un membre d’un gouvernement est un exercice délicat. En période électorale, c’est une pratique répandue. Certains, comme Walter Willener (ndlr: responsable de la campagne de l’UDC et Directeur de l’Association des groupements et organisations romandes de l’agriculture), en profitent pour distiller des attaques personnelles. Il me fait penser à un chien. Quand vous le regardez dans les yeux, il ne bouge pas. Quand vous lui tournez le dos, il vous mord. Je le connais depuis vingt-cinq ans. Je pourrais tirer un bilan au vitriol de son engagement pour la défense de l’agriculture. Je ne le ferai pas.

– Comment vivez-vous ce statut d’homme à abattre?

– J’ai fait l’objet de nombreuses attaques au cours de mon engagement syndical à Uniterre. J’étais trop à gauche, trop écolo… J’ai l’habitude d’être au centre de la cible. Je vis cela très sereinement. Malgré la virulence des critiques, le mandat de conseiller d’Etat constitue une expérience de vie que je ne regrette pas. J’ai le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait au plus près de ma conscience et de mon évaluation des choses possibles. Je ne me fais aucune illusion: d’ici au 5 avril, les partis de droite, UDC en tête, ne manqueront pas une occasion de taper sur l’élément le plus faible de la majorité gouvernementale. Vouloir empêcher Cuche d’être élu «parce qu’il est nul», ce n’est pas un programme. C’est insensé.

– Avez-vous défini une stratégie pour rebondir et vous donner les meilleures chances d’être réélu en avril?

– J’ai toujours mené campagne en disant ce que j’ai fait, ce que j’ai tenté de faire et ce qui reste à réaliser. Je ferai la même chose, en insistant sur des domaines qui me tiennent à cœur, comme l’énergie. J’ai un projet de loi sur l’eau. Je m’engagerai pour la mise en place de 5 à 6 parcs éoliens et l’exploitation du potentiel géothermique du canton. Nous avons obtenu le soutien de Berne pour le Transrun. C’est un pas. Je continuerai à travailler pour faire aboutir le projet.