«J'ai d'abord cru à une plaisanterie, j'ai eu ensuite l'impression que le ciel me tombait sur la tête», raconte Carmela Lagonico au procès des ravisseurs de son fils Stéphane. Comme pour faire écho à l'angoisse de cette mère, l'enregistrement des demandes de rançon résonne dans la salle du tribunal. On entend une voix réclamer l'argent tout en menaçant d'envoyer un «élément» de l'otage si les instructions ne sont pas suivies. Cette voix, c'est celle de Pascal Schumacher. Un accusé qui soutient avoir dû s'y prendre une soixantaine de fois avant d'avoir le courage de parler non sans mettre «un peu de douceur» dans le message ou prendre une grande respiration avant de le lire.

Contrairement à Stéphane Lagonico, impassible, sa mère trépigne sur sa chaise, lève le doigt pour intervenir ou rectifier, s'effondre lorsque l'idée du pire est évoquée. Avant de prendre la parole, Carmela Lagonico rappelle combien d'affection et de tendresse elle nourrissait pour Christian Pidoux avant cette histoire. Un garçon qu'elle défendait même auprès de sa propre famille. A ces mots, l'accusé baisse la tête, comme pour disparaître. Cette relation privilégiée, il l'évoque aussi à sa manière: «C'est la seule qui me prenait dans ses bras lorsque j'étais enfant. Même mes parents ne le faisaient pas. Comment imaginer que j'aurais voulu lui faire du mal?» Et tous deux pleurent ce passé et surtout ce présent.

Le lendemain de l'enlèvement, soit le 22 décembre 1998, les parents de la victime se trouvent à Crans. C'est là qu'ils reçoivent un premier appel de Pascal Schumacher. Celui-ci exige une rançon de 5 millions, dont 500 000 francs payables de suite sinon l'otage «sera exécuté». C'est le message soi-disant édulcoré qu'il lance à des parents encore incrédules. «Je n'ai jamais dit que j'avais été tendre, il fallait bien être pris au sérieux», admet-il. Les parents Lagonico tentent alors de retrouver leur fils avant de réaliser la gravité de la situation. Ils se confient à un avocat lausannois, le maître de stage de leur fils, qui les convainc de prévenir la police. Une cellule de crise est mise en place. Pendant ce temps, les appels se multiplient et les parents se déplacent à Epalinges sans rançon et sans y trouver trace des ravisseurs. «Nous avons attendu jusqu'au soir, j'étais désespérée par le temps qui passait», se rappelle Carmela Lagoncio. Le prochain contact entre la mère de l'otage et les protagonistes de cette affaire sera évoqué mardi.

Comment ce scénario, que tous prétendent devoir se borner à une séquestration et un dépouillement de cartes de crédit, a-t-il pareillement basculé? A en croire Christian Pidoux et Pascal Schumacher, la demande de rançon n'avait qu'un seul but: sauver Stéphane Lagonico. Et accessoirement les accusés eux-mêmes des foudres de leurs complices. «Jamais, je n'aurais voulu que la famille Lagonico soit touchée ou qu'il arrive malheur à Stéphane», précise Christian Pidoux. Et lorsqu'on lui rappelle qu'il est à l'origine de ce projet, l'accusé répond: «Je désirais juste rembourser mes dettes et avoir un bar. Je n'ai jamais souhaité tout cela. A ce moment-là, je voulais protéger l'otage, payer pour le sortir de là sans rien toucher moi-même.» Et l'intéressé de poursuivre que les exécutants du rapt voulaient plus d'argent et menaçaient du pire. Pascal Schumacher renchérit: «Je n'avais pas le choix, quelqu'un allait être buté.»

On s'en doute, la version des hommes de main est diamétralement opposée. Certes, ils étaient énervés de ne pas recevoir leur dû. Mais rien de plus. C'est Christian Pidoux, «le chef», qui a doublé la mise, leur faisant miroiter 240 000 francs pour les convaincre de garder Stéphane Lagonico 24 heures de plus. Ce soir-là, ces exécutants étaient las. Ils voulaient libérer Stéphane Lagonico soit parce qu'ils avaient trop froid dans ce repère montagneux, soit parce qu'ils étaient fatigués de toute cette histoire. «Ils nous ont supplié de continuer», explique Naïm en faisant référence à Mike l'intermédiaire mais aussi à Katia Pastori et à Marc Pidoux. «Jamais», rétorque Mike. Quant à l'amie et au frère de Christian Pidoux, ils n'ont rien intrigué du tout. Pire, ils se trouvaient eux-mêmes séquestrés au domicile de l'intermédiaire. «Je voulais former deux nouvelles équipes pour tous nous sortir de là», ajoute Christian Pidoux à l'issue d'une audience où l'on se serait plutôt cru à une pièce de Samuel Beckett.