Le Conseil fédéral éprouve manifestement un grand besoin de s’expliquer sur le résultat du vote anti-minarets du 29 novembre. Il a chargé le président Hans-Rudolf Merz de le faire, à l’issue de sa séance de vendredi.

«Nous devons garder la tête froide», a insisté le ministre radical, selon lequel la Suisse n’a «pas à présenter d’excuses» mais à expliquer les circonstances du vote. Le Conseil fédéral, a-t-il rappelé, avait averti, avant le scrutin, de l’incompatibilité d’une interdiction de construire des minarets avec le droit international. Aujourd’hui, les voies judiciaires et leurs éventuelles conséquences doivent faire l’objet d’un examen approfondi. Hans-Rudolf Merz n’a pas abordé le cas précis d’un recours qui serait directement déposé à Strasbourg contre le nouvel article constitutionnel (lire ci-dessus). Il a en revanche confirmé que tout recours contre une interdiction de construire ne pourra être déposé à la Cour européenne des droits de l’homme que si les voies judiciaires suisses ont été éclusées. Que fera le Conseil fédéral en cas de condamnation de Strasbourg? Pour Hans-Rudolf Merz, il est trop tôt pour se hasarder sur ce terrain-là.

Une analyse approfondie

La suite des opérations? Le Conseil fédéral s’est fixé deux priorités. Vis-à-vis de l’extérieur, il importe de poursuivre le travail d’explication et de communication entamé par Micheline Calmy-Rey, dont les contours – pour le cas où le «oui» l’emporterait – ont, semble-t-il, été planifiés de longue date. Micheline Calmy-Rey s’est déjà rendue au Conseil ministériel de l’OSCE à Athènes. La ministre, qui a rencontré des ambassadeurs de pays arabes à Berne, a également téléphoné à son homologue turc, a indiqué Hans-Rudolf Merz. Le radical a souligné que si le ministre semblait encore irrité par le résultat de la votation, cela ne veut pas forcément dire que la Turquie dans son ensemble partage ce sentiment. Enfin, Hans-Rudolf Merz lui-même, qui connaît personnellement le roi d’Arabie saoudite, a «l’intention de lui téléphoner».

Au niveau interne, le Conseil fédéral veut, dans un premier temps, procéder à une «analyse approfondie» du vote. L’acceptation de l’initiative anti-minarets n’équivaut pas à un rejet des 400 000 musulmans vivant en Suisse, de leur culture ou de leur religion, a souligné l’Appenzellois. Des mosquées et lieux de prières pourront toujours être construits à l’avenir. La conseillère fédérale chargée de la Justice, Eveline Widmer-Schlumpf, rencontrera ce mois encore la communauté musulmane de Suisse.

Le résultat de ce vote, démocratique, doit être respecté, a encore précisé Hans-Rudolf Merz. «Le Conseil fédéral prend au sérieux les craintes de la population.» Il est possible, a-t-il souligné, que des efforts doivent être poursuivis au niveau de l’intégration. Quant aux éventuelles conséquences, il s’est voulu prudent. Aucun indice ne fait craindre, à ce jour, pour la sécurité du pays. Et le radical ne se fait pas non plus trop de soucis pour l’économie: les produits nécessaires, estime-t-il, continueront d’être exportés par la Suisse.