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Le prévenu.
© Cecilia Bozzoli pour Le Temps

Justice

«J’ai le sentiment de porter un costume de monstre»

Jugé à Genève pour avoir violé et assassiné une fillette de 12 ans, un chauffeur de taxi éthiopien nie être l’auteur du crime. Le prévenu conteste aussi avoir fait vivre un enfer à trois anciennes compagnes. Récit d’audience

Semhar. A Genève, ce prénom incarne la mort cruelle d’une fillette de 12 ans. Violée et étranglée à son domicile de Carouge, son corps sans vie caché sous le lit parental. Jugé depuis lundi pour ce crime atroce, Kaleb* est aussi accusé d’avoir été un tortionnaire pour trois de ses anciennes compagnes. Ce chauffeur de taxi éthiopien, qui entretenait une liaison clandestine avec la mère de la victime, conteste la totalité des faits. En détention provisoire depuis six ans, il précise: «J’ai le sentiment de porter un costume de monstre.»

Le calvaire de Semhar remonte à la soirée du 23 août 2012. Signalée disparue par ses parents, qui vivent séparés, elle est recherchée un peu partout chez ses copines et en ville. Ce n’est que le lendemain, vers 18h, qu’un inspecteur, sachant écouter son intuition, fait la macabre découverte. Le corps présente des lésions génitales, une dilacération de l’hymen et une hémorragie des muqueuses proches. Son cou est marqué par les traces d’une strangulation fatale.

«Enfant joyeuse et drôle»

«C’était une enfant joyeuse, chaleureuse et drôle», relève au procès Me Robert Assaël, conseil de la maman et de la sœur, tout en demandant l’audition de l’enseignant de Semhar afin d’évoquer l’élève sérieuse et ponctuelle. Elle venait de finir l’école primaire et s’apprêtait à entrer au cycle. Les juges acceptent de convoquer ce témoin.

La cour accepte aussi trois des multiples requêtes de Mes Vincent Spira et Yaël Hayat. La défense obtient ainsi une analyse plus détaillée du tachygraphe du taxi conduit par le prévenu le soir de l’homicide. Cela afin de localiser ledit véhicule et de savoir si celui-ci était totalement à l’arrêt ou seulement en attente. Le tribunal demandera aussi à la police de tenter de déterminer si Semhar s’est connectée à son profil Facebook ce soir-là ou si elle a joué à des jeux vidéo. Le tout pouvant avoir une importance sur la chronologie des événements.

Froideur et cynisme

Selon l’acte d’accusation du procureur Joël Schwarzentrub, Kaleb s’est rendu à l’appartement vers 19h50. Il y a trouvé la jeune fille en tenue d’intérieur et s’est approché d’elle pour l’étreindre. Il a abusé de Semhar et l’a saisie à la gorge pour briser sa résistance. Il a poursuivi cet étranglement pour la réduire définitivement au silence. Le prévenu a ensuite dissimulé le corps sous le lit pour gagner du temps et se construire un alibi. Il a poussé loin le cynisme en invitant la mère de la victime au restaurant juste après son crime, en faisant mine de participer aux recherches et en faisant porter les soupçons sur un tiers.

Suspecté dès lendemain de la découverte du corps, Kaleb, dont un profil ADN partiel a été trouvé sur le slip de la victime, a toujours nié son implication et plaide son acquittement. Il faudra attendre ce mardi pour entendre le prévenu sur l’assassinat qui lui est reproché. La présidente Isabelle Cuendet a décidé de commencer par le plus ancien, soit les violences physiques et sexuelles infligées à des compagnes en situation de grande vulnérabilité financière ou de séjour.

Père de trois filles

La vie sentimentale de Kaleb, 42 ans aujourd’hui, est plutôt mouvementée. Arrivé en Suisse en 1992 comme requérant d’asile mineur, il passe une année en classe d’accueil avant d’entrer à l’Ecole de culture générale. Il ne finit pas ses études mais passe des examens pour devenir chauffeur de taxi. Il devient père à l’âge de 21 ans et aura encore deux autres filles d’une autre femme. «Elles viennent régulièrement me voir en prison et ont beaucoup souffert de cette affaire», précise-t-il au procès. L’une d’elles a 18 ans, l’âge que Semhar aurait dû fêter en février de cette année.

Les mères de ses enfants ne lui reprochent rien, hormis le non-paiement des pensions alimentaires. Par contre, une compatriote, rencontrée lors d’un voyage à Addis-Abeba, l’accuse de l’avoir violée à de multiples reprises après leur mariage et de l’avoir séquestrée plusieurs fois dans son appartement genevois entre 2004 et 2007. «Tout est faux. Je n’ai jamais forcé personne», assure le prévenu. Pourquoi cette femme irait-elle inventer de telles histoires? «Sa tête a tourné le jour où elle a appris sa séropositivité. Elle pensait que j’étais responsable de sa maladie et elle faisait n’importe quoi.»

Climat de terreur

D’autres abus particulièrement cruels viennent se greffer à ce tableau. Une requérante d’asile, qui explique avoir emménagé avec le prévenu après un premier viol, décrit un climat de terreur fait d’insultes, de coups et d’abus. La compagne érythréenne avec laquelle il vivait jusqu’à son arrestation évoque aussi un enfer. Selon l’acte d’accusation, il lui arrivait d’attacher cette dernière au radiateur, de lui serrer le cou, de provoquer son évanouissement, d’évoquer sa mort.

L’expert psychiatre français, Pierre Lamothe, dit de Kaleb qu’il fait preuve de «don juanisme» et recherche des partenaires fragiles afin de satisfaire des pulsions sadiques. Le degré très élevé d’organisation de son comportement agressif en ferait un véritable psychopathe. Le tribunal dispose de deux semaines pour rassembler les pièces de ce très sombre puzzle.

*Prénom d’emprunt

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