«Je considère avoir fait quelque chose de très grave». Le gérant de fortune qui voulait faire tuer sa femme s’est longuement exprimé au troisième jour de son procès en appel devant la cour criminelle de Genève. Et la thèse du renoncement est encore au cœur de cette nouvelle bataille judiciaire. Au moment de concevoir et d’organiser le machiavélique projet d’élimination avec la complicité d’une équipe de Kosovars, le prévenu explique avoir été «dans la détresse, dans la confusion et dans la dérive». Et il ajoute: «Lorsque j’ai donné le contrordre, j’espérais que la vie serait à nouveau belle grâce à ma nouvelle compagne». En voyant le crime mis à exécution un soir de février 2012 par le tueur à gages et son épouse à moitié morte dans un buisson, il s’est senti trahi et coupable mais sans aller jusqu’à se rendre à la police.

La victime a été dédommagée

Le parcours financier et personnel assez chaotique du prévenu rapidement passé en revue, les débats ont abordé l’épineuse question de l’accord confidentiel intervenu peu avant l’audience et qui a amené madame, survivante et partie plaignante, à se retirer in extremis de la procédure. Le gérant de fortune, défendu par Mes Jacques Barillon et Yaël Hayat, explique avoir renoncé à sa part sur la vente de leur appartement de Crans-sur-Sierre et accepté de prendre en charge les 240’000 francs de frais d’avocat de sa désormais ex-épouse, tels que fixés lors de la procédure de première instance. «J’ai cédé à cette demande pour apaiser les conflits et permettre à mes enfants de renouer des liens avec moi». Et aussi pour plaider le repentir sincère.

«Des événements terribles»

Toujours sous antidépresseurs et en psychothérapie à la prison, le prévenu, 58 ans, dit «devoir apprendre à vivre avec ces événements terribles». Et avec l’idée qu’il a voulu faire assassiner la mère de ses enfants même s’il assure avoir retiré l’ordre de passer à l’action. «Je sais que ce que j’ai fait subir à Nathalie est odieux. J’ai apprécié son ouverture d’esprit récente et je la remercie d’avoir permis un rapprochement pour pouvoir donner quelque chose de meilleur aux enfants».

Au chapitre des mobiles l’ayant amené à concevoir un projet aussi fou, le financier cite «la peur de perdre son garçon et sa fille». Il savait que son épouse filait le parfait amour avec son professeur de tennis et réussissait bien mieux que lui en affaires. Les siennes allaient assez mal et un divorce risquait de lui coûter cher car elle ne voulait plus partager ses économies et les participations dans une nouvelle société. Mais l’argent n’avait rien à voir avec son noir dessein, jure-t-il.

Le procès reprendra ce jeudi avec le réquisitoire du procureur Johan Droz qui revient à la charge en demandant une peine de 18 ans contre le gérant de fortune. Ce dernier a été condamné en première instance à 11 ans de prison pour instigation à tentative d’assassinat. Le parquet veut aussi des sanctions plus sévères pour les trois comparses. Aux yeux de la défense, c’est l’entier du jugement rendu l’an dernier qui devra être revu et corrigé. La nouvelle sentence sera délivrée la semaine prochaine.