Espaces verts

Quand les jardiniers de Lausanne retrouvent les gestes anciens

Plusieurs villes utilisent moutons et faux pour soigner leurs parcs. Genève y songe

«Allez, viens, n’aie pas peur.» Assis au milieu de ses moutons, en plein cœur de Lausanne, Gérard Guex est un berger heureux. Entouré de ses bêtes et sous le regard amusé des promeneurs, ce «grand gaillard» s’occupe des 52 animaux du cheptel réparti dans les espaces verts de la ville.

Quelques minutes plus tard, on le retrouve au milieu d’une prairie voisine – à deux pas de la Cité, la vieille ville de Lausanne – avec à la main une faux de près de 2 mètres. Quitte à effrayer quelques enfants en promenade. Aujourd’hui oublié, l’outil permet de couper les foins à la main. Mais Lausanne n’est pas la seule ville à se mettre au vert en reprenant les techniques de la ferme. Le mouvement se rencontre partout en Suisse.

Tondeuses écologiques

Ainsi, la capitale olympique possède depuis le début des années 2000 des moutons miroirs des Grisons et des roux du Valais, deux espèces rares. But avoué: tondre l’herbe à moindres frais et de façon écologique. Car une bête consomme chaque jour 10 m2 de prairie, ce qui évite d’utiliser des tondeuses à essence. Jusqu’ici cantonnés en bordure de la ville, les moutons sont arrivés l’an dernier dans la cité, à deux pas de la place de la Riponne et sous les fenêtres du siège du Conseil d’Etat.

L’Université, elle aussi, utilise un petit troupeau pour tondre les champs qui l’entourent sur le site de Dorigny. Idem dans les hauts de Vevey, la ville de la Riviera vaudoise. Sur les flancs du plateau de Praz, les moutons sont au cœur d’un quartier populeux. Il s’agit d’un échange de bons procédés: «Les terrains, en pente, appartiennent à la ville, et des moutonniers viennent y faire paître leurs bêtes gratuitement», explique Gérard Amoos, chef du Service veveysan des espaces publics.

Genève pourrait aussi en accueillir: «Nous examinons le parc La Grange, près du quai Gustave-Ador, comme base arrière pour des moutons», note Sami Canaan, directeur du Département de la cohésion sociale. «Cela aurait un côté pédagogique certain!»

Vraie faux

Autre technique de la ferme: les jardiniers lausannois ont ressorti leur faux l’an dernier. Ils l’utilisent là où les machines ne vont pas et où un enclos pour les moutons est impossible à installer. L’idée vient de Zurich. «J’avais appris le geste lorsque j’étais apprenti, mais cela ne s’oublie pas, comme le vélo», s’amuse Gérard Guex, occupé à faucher un pré proche du Musée de l’Hermitage. Les 1500 bottes que les jardiniers récolteront cette année nourriront les moutons en hiver. Et dans trois semaines, une vingtaine de Lausannois pourront apprendre à manier cet outil lors d’un cours organisé par la Ville.

Faux et moutons font partie de ce que, dans le métier, on appelle «l’entretien différencié», qui a conquis de nombreuses villes. Cela consiste à laisser pousser l’herbe à certains endroits, tout en fauchant d’autres parcelles pour pique-niquer. «Il y a une réelle volonté des communes d’agir de façon différente, par les techniques ou les animaux», se réjouit Nicolas Wüthrich, porte-parole de l’organisation Pro Natura. «Cela permet d’avoir une biodiversité importante en ville: oiseaux, insectes, petits mammifères.»

A cela s’ajoute le côté financier: «Les cours de fauchage et le matériel pour nos employés reviennent à quelques milliers de francs», explique Jean-Christophe Bourquin, municipal lausannois responsable de l’Environnement. «Idem pour les moutons et le cheval.»

Cheval à déchets

Le cheval? L’idée a d’abord séduit Coppet (VD) à fin mars. Outre l’aspect écologique, la commune a misé sur l’aspect social: ce sont des jeunes en réinsertion qui s’occupent de cet animal qui, une fois par semaine, fait du porte-à-porte pour ramasser les objets encombrants. Et Lausanne testera bientôt ce système pour les poubelles de ses parcs. «Tout n’est pas encore décidé», souligne Philippe Curdy, délégué lausannois à la nature. «Après le test, peut-être utiliserons-nous un âne.»

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