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Des jardins verticaux dans les villes

L’intégration de la végétation dans les constructions urbaines séduit. Après les toits, les plantes s’emparent des façades

On y trouve de l’orpin, du thym ou encore du fraisier des bois. En plein hiver, aucune fleur à l’horizon. Le mélange d’une cinquantaine de plantes enracinées dans la façade du numéro 30 de l’avenue Ernest-Pictet, dans le quartier de la Servette, à Genève, n’en perd pas moins son effet surprenant. Au milieu des hautes barres d’immeubles, il forme un épais duvet vert qui accroche le regard. L’ouvrage genevois, finalisé en novembre 2014, fait écho à une autre réalisation emblématique de Suisse romande: la station de métro du Flon de l’architecte Bernard Tschumi, couverte de verdure. De la coopérative d’habitation Eikenott, à Gland, au Campus Novartis de Bâle, d’autres exemples sont apparus récemment. Un mur de plantes a même agrémenté le pavillon suisse de l’Exposition universelle de Milan qui s’est achevée en octobre dernier.

«La végétalisation des façades connaît un important engouement, que ce soit en incorporant les plantes directement à la paroi ou en les faisant grimper depuis le sol grâce à un câblage, une approche plus traditionnelle», constate Reto Camponovo, professeur à la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia) de Genève. Pour le spécialiste, la tendance actuelle découle en grande partie du succès des travaux de Patrick Blanc. Il y a dix ans, le botaniste français, pionnier des murs végétaux à base de «feutre horticole», son invention phare, faisait sensation en créant un imposant manteau vert pour le Musée du quai Branly, à Paris. Et le mouvement gagne aussi l’intérieur des bâtiments. «Nous rencontrons une forte demande pour ce type de solutions, surtout de la part d’entreprises – des hôtels, des banques ou encore des spas – qui les installent dans leurs espaces de réception», indique Michel Aebi, le propriétaire de la société spécialisée Creaplant, basée dans le canton de Soleure.

Ces dernières années, l’intégration de la végétation dans les projets architecturaux a également pris de la hauteur. Milan, Singapour, Sydney et Paris ont vu sortir de terre de vertigineux immeubles enveloppés de verdure. Un concept qui gagne la Suisse romande. Stefano Boeri, l’architecte à l’origine de Bosco Verticale, à Milan, a remporté le concours pour réaliser la tour des Cèdres, à Chavannes-près-Renens. Le bâtiment de 117 mètres de haut comprendra 3000 mètres carrés d’arbustes et plus de 80 arbres.

Bon pour la faune sauvage

La végétalisation des surfaces verticales est une approche esthétique, mais aussi écologique. «Elle contribue à la réduction de la pollution en fixant les particules fines, permet d’absorber le bruit et, pour autant que les plantes choisies soient indigènes, favorise la biodiversité et la présence de la petite faune sauvage en ville. Un mur végétal aide également à l’amélioration du microclimat urbain, en réduisant les îlots de chaleur. Tout cela joue un rôle dans la qualité de vie des citadins», souligne Agnès Petit, de Creabeton Matériaux. L’entreprise commercialise depuis 2014 un système préfabriqué appelé Skyflor, développé en collaboration avec l’Hepia. Le produit, composé d’une couche de béton, d’une couche de substrat et d’une couche de céramique poreuse, où sont déposées les graines, a notamment été utilisé à l’avenue Ernest-Pictet à Genève et pour le pavillon de l’Expo 2015.

Dans un contexte de densification des agglomérations, la démarche éveille l’intérêt des municipalités romandes, nombreuses à afficher leur volonté de ramener la nature en ville. «Nous essayons de trouver de la place partout où cela est possible: sur les toits, les murs, au pied des arbres ou dans les espaces qui entourent les immeubles, indique Aino Adriaens, du Service des parcs et domaines de la Ville de Lausanne. Cela correspond également à un désir de la population, que l’on constate par exemple dans le succès des produits locaux ou des potagers urbains.» Grâce à des politiques d’information et de subventions, les toits représentent un terrain déjà en partie conquis. Lausanne compte environ 250 toitures végétalisées, ce qui correspond à 5% du potentiel. A Bâle, ville pionnière en la matière, la proportion atteint 30%. L’Association suisse des spécialistes du verdissement des édifices estime que deux tiers des projets de rénovation et de nouveaux bâtiments comprenant un toit plat sont désormais concernés.

Limites techniques

Par rapport aux toitures, les façades végétalisées sont techniquement beaucoup plus difficiles à réaliser, surtout lorsque les plantes se trouvent directement sur le mur, indique Jürg Messerli, le président de l’association. «Elles demandent la mise en place de systèmes d’irrigation plus complexes et un entretien souvent important.» Ce d’autant plus qu’elles sont soumises au regard des passants. Evidemment, tout cela a un coût. A titre d’exemple, il faut compter à partir de 2000 francs pour un mètre carré de module Skyflor, irrigation et évacuation de l’eau compris.

Malgré ces limites, les défenseurs des murs verts en sont persuadés: les agglomérations suisses verront ces structures se multiplier ces prochaines années. «Il s’agit d’un domaine très dynamique, aux immenses possibilités d’amélioration et de développement», estime Agnès Petit, de Creabeton Matériaux. D’autres préfèrent parler d’effet de mode, en émettant quelques réserves supplémentaires. C’est le cas de Reto Camponovo, de l’Hepia. «La perception de ces façades est très positive, mais on peut douter de leur efficacité. Les études montrent qu’elles apportent peu en matière d’isolation des bâtiments, un argument pourtant souvent avancé. Pour ce qui est du réchauffement des villes, il est plus efficace de planter des arbres qui donnent de l’ombre. Quant au bruit, l’effet dépend beaucoup du support du substrat et de son épaisseur. Dans une politique d’investissements ciblée, il faudra donner la priorité aux solutions les plus appropriées par rapport aux objectifs recherchés.»

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