Elle s'appelle Graziella Walker Salzmann. Et, depuis la semaine dernière, elle est la discrète effigie des Jaunes, parti du terroir haut valaisan. Trente-huit ans, avocate-notaire, présidente de la charmante commune de Riederalp, députée au Grand Conseil, elle a été désignée par les siens pour la succession du socialiste Thomas Burgener en mars 2009.

En lorgnant sur le palais de la Planta, les Jaunes (Christlichsoziale Volkspartei Oberwallis, CSPO) plaident simplement la représentation de la minorité haut-valaisanne au gouvernement. La coutume admet aujourd'hui la présence de deux conseillers d'Etats d'outre-Raspille aux côtés de trois Romands.

Or, le CSPO est membre de la grande fratrie démocrate-chrétienne. Il est son aile sociale, son bras gauche dans le Haut-Valais où il rivalise avec les Noirs, conservateurs pure souche. Une appartenance tantôt réaffirmée par des apparentements.

L'affront

L'appétit gouvernemental de la fraction sonne du coup comme un affront pour les minoritaires. Conjuguée à la liste du PDC sur laquelle figurent Maurice Tornay, Jacques Melly et Jean-Michel Cina, la candidature de Graziella Walker Salzmann donnerait ni plus ni moins le signal que le Grand PDC revendique quatre sièges au Conseil d'Etat, comme au temps de son hégémonie.

Les Jaunes ont déjà voté une motion qui appelle au soutien des trois papables de la liste PDC. Un signe en retour des collègues du Bas ne serait simplement pas toléré. Léonard Bender, président du Parti libéral-radical, assure déjà, intransigeant, que «si le PDC décide une alliance, sur papier ou non, nous ferons obstacle à leur revendication en y mettant tous nos moyens.»

Raphy Coutaz, président du PDC du Valais romand, s'empresse de dégonfler les angoisses: «Nous ne voulons plus d'un gouvernement avec quatre PDC. Notre stratégie a été établie. Nous ne reviendrons pas en arrière.»

Si une alliance est à exclure, la course des Jaunes pour le Conseil d'Etat, même en solo, est mal acceptée. Elle embarrasse le PDC parce qu'elle provoquera une dispersion des voix. Ce qui fait dire à l'historien Philippe Bender que les Jaunes sont aujourd'hui une «épée de Damoclès pour la famille démocrate-chrétienne, une force de dislocation. En voulant s'affirmer, ils ébranlent en fait l'édifice.»

Et elle est carrément rédhibitoire pour les autres partis en lice. Les Jaunes pèsent à peine 8% de l'électorat sur le plan cantonal. Ils ont déjà placé un des leurs au Conseil des Etats, un autre au Conseil national. «Peut-on être plus boulimique?» ironisent radicaux et socialistes.

Il faut feuilleter les livres d'histoire pour comprendre l'inclination des Jaunes pour un siège au gouvernement, tant ils ont un passé politique sans commune mesure avec le parti chrétien-social du Valais romand, qui lui ne s'est jamais institutionnalisé au sein de la famille PDC.

Constitué et emmené un temps par René Jacquod, les frères Darbellay - Vital et Charly -, fréquenté épisodiquement par Christophe Darbellay, le Parti chrétien-social «du Bas» est aujourd'hui associé aux forces de gauche. Les Jaunes, en revanche, représentent la deuxième force politique du Haut-Valais, après les Noirs. Au sein du Parti catholique conservateur d'alors, la mouvance sociale, roturière, s'est très tôt heurtée à celle conservatrice de la vieille bourgeoisie.

Au début du XXe siècle déjà, où elle s'affirme vraiment par l'élection de Viktor Petrig au Conseil national en 1917, qui dama le pion à Kaspar von Stockalper. Les Jaunes se constituèrent en parti en 1948, au lendemain de l'élection d'un des leurs, Oskar Schnyder, au Conseil d'Etat. Ils seront reconnus comme membres de la famille PDC dès 1951.

Leur acte de candidature aujourd'hui confronte, en somme, deux visions de la représentation au gouvernement. La représentation politique. Et la représentation régionale, plus ethnique. Graziella Walker Salzmann aligne ses arguments sur cette tradition. «Notre candidature n'est pas légitime? Je vous rappelle que nous avons trente présidences de commune, quinze députés au parlement cantonal. Nous sommes la deuxième force du Haut...»

Faire le jeu de l'UDC?

De quoi consterner le Parti socialiste. Selon Jean-Henri Dumont, président des camarades valaisans, Graziella Walker Salzmann «pourrait même faire le jeu de l'UDC (ndlr: réunie derrière le Haut-Valaisan Franz Ruppen), en dispersant les voix, ce qui est pour le moins paradoxal alors qu'elle vient du milieu syndical.»

Mobilisés derrière Esther Waeber Kalbermatten (LT du 05.09.2008), les socialistes sont d'autant plus navrés que leur championne assurerait une continuité au gouvernement. Socialiste et haut-valaisanne. Elle deviendrait, de plus, la première femme de l'histoire à siéger au Conseil d'Etat.

Après la déconfiture de ce week-end, où il a perdu la présidence de Sion et de Sierre notamment, le PDC du Valais romand - sérieusement mis à mal sur le plan communal - est donc invité une dernière fois à reconsidérer ses positions sur le plan cantonal: «A eux de voir s'ils veulent continuer de faire le jeu des minorités qui ont eu raison du PDC dans les villes», lance Graziella Walker Salzmann. Voilà le parti majoritaire contraint de composer son avenir avec ses gènes dérangeants.