Son audition était attendue. Elle aura duré trois heures, lundi matin, à la reprise du procès de Guido Zäch, le père de la fameuse Fondation suisse pour les paraplégiques, devant le Tribunal pénal du canton de Bâle-Ville.

La déposition de Marc Suter, dont la plainte pénale est à l'origine du procès dirigé contre son ancien mentor, n'apporte sans doute pas beaucoup d'éléments nouveaux. Mais elle permet de mesurer l'abîme qui sépare désormais les deux hommes, si proches autrefois. Elle renforce surtout l'impression d'un pouvoir personnel, quasi exclusif, exercé par Guido Zäch sur l'empire médical qu'il avait lui-même créé. Une «politique du fait accompli» à l'origine, raconte Marc Suter, des dérapages ayant entraîné, selon l'accusation, des pertes de plus de 60 millions de francs pour la Fondation et l'Association des bienfaiteurs qui lui est liée.

Leurs regards ne se croisent pas de toute la matinée. Les ponts sont coupés désormais entre ces hommes tous deux conseillers nationaux, le radical bernois dans le rôle du dénonciateur, le démocrate-chrétien argovien dans la peau de l'accusé. «C'est la tristesse qui me domine», laisse tomber Guido Zäch à l'issue de l'audience. En chaise roulante à la suite d'un accident, le premier fut tout d'abord l'un des patients du célèbre docteur. Marc Suter devint par la suite le numéro deux de la Fondation, mais finira par nourrir trop de doutes sur les méthodes de gestion du «patron». Il quitte le conseil de fondation en 2000, une plainte pénale lourdement documentée contre Guido Zäch en guise de cadeau d'adieu.

Avertissements

L'accusé, dont la qualité de l'engagement en faveur des paraplégiques n'est contestée par personne – en tout cas pas par Marc Suter – avait pourtant été averti. Ce dernier l'a mis en garde à des multiples reprises contre certains désordres constatés dans les affaires de la Fondation. En vain. «La résistance était énorme», comme il dut le constater. Membre lui aussi du conseil de fondation, un banquier bâlois, entendu l'après-midi, fit plus ou moins les mêmes remarques.

Marc Suter avait tout particulièrement exigé qu'un terme soit mis à des promotions immobilières – dans l'hôtellerie et la restauration, à Herisau, à Dornach, à Grindelwald – qui lui paraissaient sans rapport avec l'aide aux paraplégiques. Opérations qui se révéleront désastreuses et qui sont à la base de l'essentiel des reproches adressés à Guido Zäch. Mais l'accusé répond avec vigueur que ces hôtels devaient être équipés pour accueillir des paraplégiques et, donc, qu'ils étaient en parfaite conformité avec les objectifs.

Le parlementaire bernois rappelle également que le traitement que Guido Zäch recevait pour son travail, considérable, en faveur de la Fondation était tout sauf un modèle de transparence. L'accusé ne semblait pas gêné, non plus, de conduire des opérations avantageuses pour des membres de sa famille, alors même que son attention avait été attirée, là aussi, sur les problèmes que cela pouvait lui causer.

De là à dire que Guido Zäch a enfreint la loi pénale, il y a un pas sans doute plus délicat à franchir, et le jeu reste singulièrement ouvert, sur le plan juridique, alors que le procès entre dans sa seconde et dernière semaine. Les délits dont l'accusé doit répondre – l'abus de confiance et la gestion déloyale – étant des infractions intentionnelles, il ne sera pas toujours aisé de démontrer que Guido Zäch a voulu porter atteinte aux intérêts d'autrui. Le réquisitoire et les plaidoiries sont attendus à partir de jeudi.