«Je refuse la baisse du taux de conversion»

Le Conseil fédéral a décidé de rejeter sans contre-projet l’initiative populaire AVSplus. Lancée par l’Union syndicale suisse (USS), elle demande le relèvement de 10% des rentes AVS. Ancien secrétaire central de l’USS, le conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD), qui avait combattu avec succès la baisse du taux de conversion en 2010, commente les options du Conseil fédéral.

Le Temps: Vous opposez-vous à la baisse du taux de conversion comme en 2010? Jean Christophe Schwaab: Bien sûr. Cette proposition est pire que celle de 2010. Elle prévoit une réduction de 0,8%, contre 0,4% il y a quatre ans. On n’a pas de vision d’ensemble de la situation réelle des caisses, du nombre de personnes qui seront concernées et des rendements à long terme du deuxième pilier. Les mesures d’accompagnement proposées, en particulier la suppression de la déduction de coordination, coûteront beaucoup d’argent pour des rentes qui ne seront pas énormes.

– En compensation, le Conseil fédéral propose d’adapter les bonifications de vieillesse afin que les travailleurs âgés coûtent moins cher sur le marché du travail. N’est-ce pas une amélioration?

– Oui. Il faut saluer cette proposition qui facilite le maintien des travailleurs âgés sur le marché du travail. Mais cette mesure ne doit pas justifier la diminution du taux de conversion.

Le passage de la retraite des femmes à 65 ans n’est-il pas inévitable?

– Non. C’est en inadéquation complète avec les réalités du terrain. Les travailleurs âgés ont de la peine à rester sur le marché du travail jusqu’à la retraite. De plus, les femmes souffrent toute leur vie de discrimination salariale et ont des carrières moins rémunératrices en raison de l’éducation des enfants.

– La hausse de la TVA de 1,5 point vous paraît-elle justifiée?

– Elle est nécessaire. L’AVS a besoin d’un financement supplémentaire à moyen terme. Et la TVA a l’avantage d’être également financée par les retraités. Mais je regrette qu’on ne propose pas d’adapter les cotisations salariales, qui sont inchangées depuis 40 ans. Les très hauts salaires pourraient ainsi être mis à contribution pour financer l’AVS.

– Le Conseil fédéral veut réunir les premier et deuxième piliers en une seule réforme. Est-ce jouable?

– C’est une bonne méthode, car elle s’appuie sur le mandat constitutionnel qui dit que le premier et le deuxième piliers doivent couvrir 60% du dernier salaire, montant qui me paraît cependant trop bas. Mais ce paquet a de nombreux défauts, qui devront être corrigés.

– Le Conseil fédéral rejette l’initiative AVSplus, qui coûterait entre 4 et 5,5 milliards par an. Cette initiative n’est-elle pas irréaliste?

– Elle est indispensable si l’on veut maintenir le niveau global des deux piliers et si l’on part de l’idée que le deuxième rapportera un peu moins à l’avenir. Pour le financement, nous avons fait des propositions indolores pour la plupart des contribuables: l’imposition des successions et le versement à l’AVS de la totalité des recettes des impôts sur le tabac et sur l’alcool .