Gandur, mécène devenu cible

La personnalité de Jean Claude Gandur, le magnat du pétrole associé au projet de rénovation du Musée d’art et d’histoire, est désormais au centre du débat à Genève. On l’a bien vu au Conseil municipal: l’extrême gauche s’est déchaînée contre un homme qualifié de «busi­ness­man» qui va faire une «affaire mirobolante» en exposant ses collections au musée. Un élu d’Ensemble à gauche, Pierre Gauthier, l’a même comparé aux terroristes de l’Etat islamique, les deux étant rangés sous l’étiquette commune de «destructeurs du patrimoine».

«Des gens ont un a priori contre lui, on le sent», confie un proche du milliardaire qui a assisté aux débats du Conseil mardi soir.

Jean Claude Gandur a peu apprécié d’être présenté comme un affairiste moyen-oriental dont la fortune aurait des origines troubles. Dans son livre Destruction massive, Géopolitique de la faim, Jean Ziegler affirmait qu’il serait né en Azerbaïdjan. Alors qu’il a vu le jour à Grasse, dans le sud de la France, avant de passer son enfance à Alexandrie et d’arriver à 11 ans en Suisse.

Le 23 mai, Le Courrier écrivait qu’il avait été «plusieurs fois soupçonné, mais jamais condamné». Mais soupçonné de quoi? En l’an 2000, deux cadres de sa société Addax avaient été inculpés par la justice genevoise. Ils organisaient des transferts de fonds vers la Suisse pour les fils du général Abacha, le défunt dictateur du Nigeria, dont la famille a massivement pillé les caisses de l’Etat. Les deux cadres ont été condamnés en 2001 pour blanchiment.

«Découragé»

En tant que président d’Addax, Jean Claude Gandur a senti passer le vent du boulet, mais la justice ne l’a jamais entendu dans cette affaire. «Nous n’avons jamais eu aucun élément permettant de penser qu’il pouvait être directement impliqué» dans les paiements effectués pour les Abacha, précise un enquêteur qui s’est occupé du dossier.

Dans les années 1990, Addax fait figure de pionnier dans une Afrique que les grandes compagnies pétrolières sont en train de quitter. Il est le premier négociant en pétrole genevois à investir dans l’exploration-production, au Nigeria surtout, mais aussi au Gabon. Les géants du secteur – Trafigura, Glencore, Vitol, etc. – suivront son exemple, plus tard, sur le continent noir.

Au début des années 2000, Addax prend pied au Kurdistan, qui se révèle moins rentable que l’Afrique en raison des difficultés d’exportation du pétrole depuis cette région enclavée, en conflit avec le gouvernement irakien. En juin 2009, Jean Claude Gandur revend Addax à la compagnie d’Etat chinoise Sinopec pour 8,1 milliards de francs. Un prix jugé plutôt élevé par un connaisseur du secteur: une société coréenne en proposait 900 millions.

Tout en s’avouant «découragé», dans la Tribune de Genève, par les remous entourant l’extension du musée, Jean Claude Gandur se voit toujours comme un battant. En 2013, il se disait prêt à aller distribuer des tracts dans la rue pour faire aboutir le projet en cas de référendum. Une promesse qu’il risque de devoir mettre à exécution. En sachant – difficulté supplémentaire – que sa personnalité et son parcours seront au cœur de la campagne.