C'est un Jean Dorsaz complètement abasourdi et hagard qui a répondu présent à la mention de son nom et de ses origines, ponctuant son acquiescement par une injonction révélatrice à l'égard du président de la Cour de justice valaisanne: «Vous m'avez définitivement assassiné aujourd'hui.» L'homme d'affaires valaisan, en se présentant seul devant ses juges lundi matin, espérait un renvoi de son procès en appel à l'automne. Non seulement le Tribunal cantonal en a décidé autrement, mais il ordonnait également la mise en détention provisoire de Jean Dorsaz qui, dès ce soir, dormira en prison et durant toute la tenue des débats. Il fallut quelques minutes pour que l'assemblée médusée reprenne ses esprits, persuadée d'en avoir pour quelques minutes avant d'aller vaquer à d'autres occupations. Quant à Jean Dorsaz, visiblement ébranlé, il tentait, mais en vain, d'entrer en contact avec son deuxième défenseur présent dans la salle mais interdit de parole sur décision de justice.

La semaine dernière déjà, Me Léo Farquet, nommé avocat d'office pour Jean Dorsaz qu'il défend par ailleurs depuis 1993, avait clairement laissé entendre qu'il voulait être déchargé de son mandat (Le Temps de samedi). Inlassablement depuis des mois, il a tout tenté pour que son client soit jugé par une juridiction extracantonale. Dans un premier temps, il demandait la récusation en bloc des juges cantonaux. Un tribunal extraordinaire était alors mis sur pied pour statuer sur cette requête, assemblée également contestée par Me Léo Farquet. Ses efforts jusqu'au Tribunal fédéral auront finalement été vains. Jean Dorsaz allait être jugé en appel par une Cour de justice valaisanne et en présence d'un seul défenseur, un deuxième avocat lui ayant également été refusé jusqu'ici (un recours est encore pendant auprès du Tribunal fédéral). Quant à la tenue des débats, la tentative de dernière minute d'en reporter l'échéance n'aura finalement pas abouti. Il y a donc fort à parier que Me Léo Farquet, au bénéfice d'un certificat médical pour surmenage, prenne le parti de venir défendre son client durant la semaine à venir. «Il ne tient qu'à vous d'avoir votre défenseur à vos côtés, martelait le président de la Cour à l'intention de Jean Dorsaz tout à coup perdu devant l'intransigeance de ses juges et la lourdeur d'une peine de huit ans de réclusion qui pèse sur ses épaules depuis le jugement en première instance.

«De la plus pure plaisanterie»

Du côté des cinq coaccusés de l'homme d'affaires valaisan, condamnés à des peines allant de 3 mois avec sursis à 2 ans ferme, tout le monde semblait d'accord pour un report du procès, les avocats prenant tour à tour la parole, qui pour dénoncer le manque de préparation des juges dans un dossier d'une complexité extrême, qui pour défendre cette règle élémentaire du droit voulant que tout accusé mérite un défenseur, qui enfin pour reprocher à cette soudaine célérité de la justice d'en masquer les carences flagrantes. Après une heure de délibération, les juges ont surpris tout le monde. «L'absence de Me Farquet est une ultime tentative de Jean Dorsaz pour obtenir un ajournement des débats, a motivé le juge Spahr, président de la Cour. Depuis le dépôt de son mémoire d'appel en septembre dernier, Me Farquet a eu sept mois pour se préparer au procès. Cette démarche est donc abusive et dilatoire. Et si la Cour devait l'accepter, cela reviendrait à dire que c'est Jean Dorsaz qui dicte la procédure à la place des juges. Une telle attitude est de nature à paralyser le comportement de la justice et constitue une menace pour le système judiciaire.» Et d'ordonner l'incarcération du financier valaisan compte tenu du risque d'entrave à l'action de la justice et de la réclusion possible de Jean Dorsaz à l'issue du procès.

La suite des débats n'a pas manqué de rappeler les meilleurs moments du procès en première instance. Me Riand, défenseur de l'ancien contrôleur interne de la Banque Cantonale du Valais, gratifiait l'assemblée d'un florilège des implications politiques dans ces rapports d'experts qui ont émaillé l'affaire Dorsaz, «des rapports frappés de concussion et de partialité permettant d'arriver à des fins préétablies qu'il faut écarter du dossier, relevait-il. Car se fonder sur des documents falsifiés relève de la plus pure plaisanterie.» A n'en pas douter, pour Jean Dorsaz, la semaine à venir n'en sera pas une.