Alors que les obstacles s’accumulent contre la rénovation et l’extension du Musée d’art et d’histoire de Genève, le Conseil municipal tente une voie médiane. L’assemblée a voté, tard mardi soir, une rallonge au crédit d’étude sur la réfection et l’agrandissement du bâtiment centenaire. Les élus ont rajouté leur grain de sel à l’enveloppe prévue par l’exécutif: ils y ont ajouté 500 000 francs (pour un total de 2,9 millions) grâce à un amendement proposé par les Verts et rallié par la quasi-totalité des partis (à l’exception du PDC et d’une partie d’Ensemble à gauche).

L’agrandissement, tel que conçu par l’équipe de Jean Nouvel et ses partenaires genevois, implique de combler la cour intérieure du musée actuel, où une nouvelle structure viendrait s’ériger au-delà des toitures, dérogeant aux normes réglementaires. Deux associations et une commission d’experts du patrimoine ont fustigé ces options (LT du 05.05.2012). L’amendement voté mardi stipule que l’étude de l’agrandissement devra se concentrer sur le site actuel du musée, préservant ainsi son caractère compact, en lorgnant les espaces situés à l’arrière du bâtiment, soit la cour des Casemates et l’Ecole des beaux-arts (ce qui impliquerait de la délocaliser). Ces surfaces pourraient compenser celles qui seraient perdues dans une réduction des visées de Jean Nouvel sur la cour intérieure de l’édifice historique.

L’angoisse du référendum

Les esprits sont hantés par la menace d’un référendum qui ruinerait tout espoir d’intervenir dans ce musée dont la rénovation est jugée urgente. «Je n’ai jamais vu autant d’obstacles à un projet», s’exclame Christian Zaugg, d’Ensemble à gauche. Certains des partis qui ont voté l’amendement l’ont fait à contrecœur, à l’image du PLR: «Mais il faut se permettre d’étudier une variante pour ne pas perdre trop de temps», se résigne son élu Adrien Genecand, tandis que son collègue Guy Dossan se dit «catastrophé par la frilosité des Genevois». Fervent supporter du concept de Jean Nouvel, le PDC accuse la gauche «d’avoir plombé le projet», selon les termes de Jean-Charles Lathion.

Selon le magistrat chargé de la Culture, la rallonge accordée au crédit d’étude «donne de l’espace pour rechercher non pas un plan totalement différent mais une adaptation du projet». Une démarche qui devrait prendre une année, selon le socialiste Sami Kanaan. Auteur de l’amendement, l’écologiste Alexandre Wisard estime que cette voie médiane permettra «de garder les mécènes» qui promettent de financer la moitié de la facture finale de 127 millions de francs. Le maintien de ces appuis privés reste à vérifier.