- Christoph Blocher a souligné que la libre circulation intégrale à 20 pays européens ne devrait pas poser de problèmes en période de forte conjoncture. Avez-vous de votre côté des craintes?

- Pas sur le principe même de la libre circulation intégrale. Mais nous constatons que les mesures d'accompagnement pour lutter contre la sous-enchère sociale et salariale ne sont actuellement pas appliquées de la même manière d'un canton à l'autre. Cette décision du Conseil fédéral serait une bonne occasion de remédier à ces inégalités. La libre circulation entraîne des difficultés indépendamment de la conjoncture. Dans les cantons proches de la France, comme le mien, certains employeurs profitent, malgré la haute conjoncture, de la venue de travailleurs frontaliers - phénomène de plus en plus lié au travail temporaire - pour faire pression sur les conditions de travail.

- Si la mesure entraîne une très forte vague migratoire, la Suisse pourrait décider dès juin 2008 de revenir durant deux ans au système des contingents pour limiter les autorisations de séjour. N'est-ce pas tard?

- Nous avons besoin d'une phase d'observation. Mais, sans rien avoir contre les travailleurs étrangers, il me semble effectivement que la clause de sauvegarde devrait pouvoir être actionnée plus tôt si nécessaire.

- Certains attribuent le fait que le taux de chômage ne baisse pas en Suisse au fort afflux de frontaliers, statut que le Conseil fédéral vient d'ailleurs d'élargir. Votre analyse?

- La situation est bien plus complexe. Une partie des patrons abuse des frontaliers, mais dans certains secteurs économiques, ces travailleurs frontaliers répondent objectivement à un manque de mains-d'œuvre en Suisse.

- Craignez-vous l'extension à la Bulgarie et à la Roumanie?

- Nous n'avons pas encore décidé au sein d'Unia et de l'USS si nous allons demander des mesures d'accompagnement supplémentaires. Pour l'anecdote, j'ai pu constater lors d'un récent voyage en Roumanie que beaucoup de Roumains décident de partir dans des pays d'Europe occidentale plutôt qu'en Suisse pour travailler, et qu'ils engagent maintenant eux-mêmes des Chinois. Comme quoi les effets de la libre circulation dépassent largement le cadre européen...