Le fait marquant des dernières élections communales dans le canton de Fribourg, hormis le passage à gauche du législatif de la capitale, est la progression de l'UDC. Le renforcement du parti de Christoph Blocher est particulièrement sensible dans les districts de la Singine, de la Glâne et de la Veveyse. Un succès acquis généralement sur le dos du PDC, qui régresse dans l'ensemble du canton. Seules la Gruyère et la Sarine échappent à la règle. Le populisme blochérien est-il en train de faire son chemin dans les campagnes fribourgeoises?

Rien n'est moins sûr. Jean-

Claude Rossier, élu UDC à l'exécutif de Romont, estime qu'il faut replacer «ce succès dans le cadre d'une élection communale, où les personnalités et les réalités locales ont davantage de poids que les dogmes du parti». Bien plus qu'une adhésion totale à la logique partisane, c'est d'abord «un front contre l'immobilisme ambiant», assène Jean-Claude Rossier.

Ancrage régional

A Romont, le débat a tourné autour de la stagnation économique de la ville – qui n'a pas accueilli de nouvelle entreprise depuis dix ans –, et autour de l'absence de mise en valeur des attraits touristiques de la ville et du dispersement des infrastructures sportives. La stratégie de l'UDC a donc consisté à remettre en cause la gestion communale avec, comme slogan: «On peut faire mieux!»

Exemple frappant de cette tactique, Jean-Claude Rossier, 56 ans, incarne le choix de l'UDC pour des personnalités bien ancrées dans leur région. Ce fils de paysan a tout d'abord travaillé chez Nestlé comme employé, avant d'entrer à Mifroma, à Ursy. Il va progressivement gravir les échelons pour atteindre la direction de l'entreprise en 1987. Jusqu'à sa mise en préretraite «pour divergences de vue avec la direction zurichoise» en 1999, il va obtenir l'un des seuls succès internationaux de Migros, en développant l'exportation de fromage en Europe. Ecarté de son poste, mais actuellement toujours sous contrat, Jean-Claude Rossier concède «avoir un caractère assez fort et pas la langue dans sa poche». Son caractère bien trempé et sa méthode «de dictateur» lui ont valu quelques inimitiés. Pourtant, même si on le taxe «d'opportunisme» ou «d'intransigeance», il a su gagner le respect de ses ennemis. L'un deux est clair: «Le problème avec Rossier, c'est qu'il veut toujours avoir le dernier mot. Mais le pire pour ses détracteurs, c'est que les faits lui donnent souvent raison!»

Une personnalité forte à la franchise déconcertante, c'est la base du succès de Rossier, qui a su trouver appui auprès des mécontents de la politique communale. Ses activités professionnelles l'ont conduit à tisser des liens avec le monde agricole. Chaque année, il fait la tournée des chaudières d'alpage du canton. Un appui des paysans, certes, mais également celui des indépendants, qui souffrent de la stagnation du développement économique.

Historiquement, l'UDC fribourgeoise a repris la base électorale du PAI (Parti agraire et indépendant), aujourd'hui disparu, qui se faisait le défenseur des paysans, des petits commerçants ou des chefs de PME, et l'adversaire acharné du PDC conservateur. Le fait que, lors des dernières élections, l'UDC a pris des voix essentiellement au PDC s'inscrit dans cette logique d'empêcheur de tourner en rond.

Sur l'ouverture de la Suisse, Jean-Claude Rossier n'est pas aussi virulent que l'aile zurichoise: «En toute franchise, j'ai voté oui à l'EEE en 1992. La campagne de Blocher, avec son argumentation fallacieuse sur l'augmentation des taux d'intérêt, était trop populiste. Aujourd'hui, il est clair que je ne suis pas favorable à une entrée immédiate dans l'Union européenne. Il faut donner le temps aux accords bilatéraux de faire leurs preuves.»

Romont compte 30% d'étrangers. Pourtant, la campagne électorale n'a jamais débordé sur la question des requérants d'asile ou des réfugiés: «Cela ne me gêne pas. Du moment que les étrangers veulent vivre avec nos habitudes, il n'y aura pas de problème. Par contre, ceux qui refusent de s'intégrer, en pensant que la Suisse est un pays de cocagne, doivent rentrer chez eux. Il ne faut pas oublier que, pour des raisons démographiques, nous aurons toujours plus besoin de main-d'œuvre étrangère. Il faut, à ce niveau-là, favoriser son intégration.»

Une sensibilité modérée qui se retrouve de part et d'autre de la frontière linguistique cantonale: «Au même titre que les Vaudois, avec leur sensibilité terrienne, l'UDC fribourgeoise est loin du populisme de l'aile zurichoise. Blocher assène certaines vérités, mais c'est la manière dont il les transmet qui dérange. Par contre, son succès, il le doit à la simplicité d'un langage accessible à tous.»