L’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’est engagée en faveur de «No Billag» parce qu’elle condamne l’extension de la redevance aux entreprises. Et aussi parce qu’elle juge la TV alémanique trop à gauche? Commentaire de son président, Jean-François Rime.

Retrouvez notre suivi en direct de la journée de vote sur «No Billag».

Le Temps: Etes-vous surpris par l’ampleur du non?

Jean-François Rime: Nous aurions préféré un résultat plus serré. Mais le déroulement de la campagne montre que nous étions quasiment seuls contre tous. Je suis convaincu que beaucoup de gens ont rejeté l’initiative parce qu’ils la trouvaient trop extrême.

Plusieurs camps différents la soutenaient: les jeunes qui veulent une offre à la carte plutôt qu’une redevance obligatoire, l’USAM qui n’accepte pas que les entreprises soient obligées de la payer, l’UDC. Etiez-vous vraiment seuls contre tous?

Il y avait effectivement plusieurs arguments en faveur de cette initiative. Mais le débat de fond reste à mener: quels doivent être le contenu et l’ampleur du service public et à quoi doit servir la redevance? Le PS et la gauche en général veulent financer tous les médias, notamment ceux qui prennent fait et cause pour eux, sans rien remettre en question. Durant la campagne est apparue la crise de l’ATS. Il faut trouver une solution. Le financement sera au cœur de la prochaine loi sur les médias. La campagne sur «No Billag» a été l’une des plus animées de ces vingt dernières années. C’est bien la preuve qu’il y a un problème de fond à résoudre.

Vous critiquez la prétendue bienveillance des médias envers la gauche. Est-ce la réalité? N’est-ce pas parce qu’elle considère la TV alémanique comme un repaire de gauchistes que l’USAM, surtout son directeur, Hans-Ulrich Bigler, se sont engagés en faveur de «No Billag»?

Je ne peux pas parler pour Hans-Ulrich Bigler. Cette question n’est d’ailleurs pas prioritaire pour moi, même si je m’inquiète de l’évolution des médias. J’ai renoncé à certains abonnements et une enquête a montré qu’une majorité de journalistes avaient des idées de gauche. Mais ce n’est pas vraiment ça le problème. Le problème, ce sont ces 200 à 300 millions qui sont volés aux entreprises. C’est une double imposition arbitraire. Les entrepreneurs et les employés sont déjà assujettis à titre privé et ils ne se rendent pas à leur travail pour regarder la télévision.

Pourtant, les petites entreprises restent exonérées…

Oui, les très petites, mais rien ne justifie que les grandes paient jusqu’à 35 000 francs par an. Cette loi n’est pas équilibrée. Les motions déposées par Natalie Rickli et Gregor Rutz demandent que le montant de la redevance soit abaissé à 300 francs et que les entreprises en soient exonérées. Nous allons les soutenir.