Un lapsus. Au terme d'un exposé-fleuve, lundi à Delémont, ponctuant son année de présidence du gouvernement jurassien: «A la fin de mon mandat gouvernemental», a dit Jean-François Roth. Corrigeant instantanément en «au terme de mon année de présidence». Lapsus révélateur du désenchantement d'un gouvernant qui songerait à se retirer au terme de la législature, en 2006?

Interrogé sur ses intentions, Jean-François Roth entretient le suspense, renvoyant à «Pâques 2006» pour l'annonce de son hypothétique départ ou de son désir de briguer un quatrième mandat gouvernemental. En attendant, le ministre PDC souffle le chaud et le froid, cachant mal son désappointement face à l'échec de ses grands projets, mais affichant une forte détermination à rebondir, afin de permettre à son canton de réussir «le difficile passage à la modernité».

Il en fut déjà ainsi en 1999, lors de sa précédente année présidentielle. Candidat au Conseil fédéral, bien coté dans les médias, il a cru en ses chances, avant d'être écarté sur le fil. Il a puisé dans la désillusion l'énergie pour initier le programme d'émancipation «Jura, Pays ouvert».

La deuxième année de présidence gouvernementale de Jean-François Roth est elle aussi marquée par les échecs mortifiants: le 16 mai, le peuple rejetait «Pays ouvert», et dernièrement, le parlement a validé, contre l'avis du ministre de la Coopération, l'initiative «Un seul Jura». Il s'est même fait voler le succès de la réception des autorités fédérales et cantonales marquant les 25 ans du Jura, le 24 septembre à Delémont, par les Béliers, qui ont brûlé un drapeau suisse et brisé la tête de la Sentinelle des Rangiers.

Malgré l'adversité, Jean-François Roth a produit cet automne un programme de remplacement de «Pays ouvert», certes moins porteur en termes d'image, mais pas moins ambitieux: un plan de développement économique, qui doit notamment arrimer le Jura au pôle bâlois de l'industrie des sciences de la vie (LT du 28.10.2004). Ceux qui avaient accepté d'être partenaires de feu «Pays ouvert» ont, malgré l'échec du 16 mai, décidé d'investir leurs billes dans le nouveau projet, en signe de confiance à Jean-François Roth et au Jura.

«Je n'ai jamais pensé que je faisais fausse route», déclare sereinement le magistrat PDC, convaincu d'être nanti d'une mission: changer l'état d'esprit de ses administrés. «Ils nourrissent le syndrome de Peter Pan, ont peur de grandir, asphyxiés par un injuste complexe d'infériorité, affirme-t-il. Et la peur entraîne le conservatisme, le repli sur soi, l'opposition interne entre districts et entre Delémont et Porrentruy. Alors que, pour s'épanouir, le Jura doit développer des réseaux avec ses voisins et croire en ses chances, qui sont réelles.»

Et «sortir des sentiers battus», selon le précepte des manifestations de commémoration des 25 ans du canton, «qui ont eu un impact exceptionnel», dit un ministre qui s'ingénie à entretenir son propre particularisme. Plutôt que de faire le bilan de son année présidentielle au milieu de ses collègues ministres, il s'est présenté entouré de sa garde rapprochée, composée de cinq hauts fonctionnaires avec lesquels il élabore ses projets. Pas de cravate ni de costard pour le ministre, mais un pull et des chaussures de sport, qui renforcent son image de dandy. Jean-François Roth aime s'exposer et provoquer.

S'il doit se positionner à l'extérieur, le Jura a par ailleurs un besoin urgent de réformes internes. A commencer par une optimisation du fonctionnement d'un gouvernement «où l'ambiance est bonne», affirme Jean-François Roth, balayant les divergences sur les mesures d'économies et sur «Pays ouvert». «Le problème, dit-il, c'est que les ministres ne parviennent pas à entraîner leurs propres groupes parlementaires derrière les projets gouvernementaux.» Et de souhaiter la création de postes de secrétaires généraux, appelés à décharger des gouvernants submergés par l'opérationnel au détriment de réflexions stratégiques.