Le conseiller d’Etat socialiste Erwin Jutzet a annoncé vendredi qu’il ne se représenterait pas aux élections cantonales fribourgeoises de cet automne. Il s’agit presque d’une non-nouvelle. Agé de 65 ans, le Singinois a 35 ans de politique derrière lui. Par contre, son retrait risque d’avoir des répercussions jusque sous la coupole fédérale.

Le conseiller national Jean-François Steiert n’a jamais caché son envie d’intégrer l’exécutif. D’ailleurs, en 2013, il avait tenté de bousculer les équilibres politiques en se portant candidat à la succession de la PDC Isabelle Chassot lorsqu’elle a été nommée à la tête de l’Office fédéral de la culture. Lors de cette élection complémentaire, il avait échoué de peu. Le retrait d’Erwin Jutzet à peine annoncé, le PS de la Ville de Fribourg confirmait donc que Jean-François Steiert serait son candidat.

«Une perte»

«Il n’est pas encore parti, mais s’il est élu, le départ de Berne de Jean-François Steiert sera une perte», avoue la conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS/GE). Spécialiste des questions sociales, de santé ou encore de formation, le Fribourgeois parfaitement bilingue est connu pour son art de créer des alliances pour faire avancer les dossiers. La sénatrice genevoise est d’autant plus inquiète que d’autres socialistes, précieux pour leurs compétences dans ces mêmes domaines, ont quitté le navire à la fin de la législature précédente, soit la Zurichoise Jacqueline Fehr et le Valaisan Stéphane Rossini.

La Genevoise pointe également l’affaiblissement de la présence romande au sein de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS). Au national, outre Jean-François Steiert, la PLR Isabelle Moret et l’UDC Raymond Clottu sont les seuls à y siéger. Soit trois membres sur vingt-cinq. Aux Etats, Liliane Maury Pasquier est la seule romande sur treize membres. Elle y voit un déséquilibre qui n’est pas sans conséquence puisque la vision n’est pas forcément la même. Exemple avec le remboursement des primes payées en trop, ou avec la question du moratoire sur l’ouverture des cabinets médicaux.

Une vaudoise sur les rangs

Mais que Liliane Maury Pasquier se rassure. Si Jean-François Steiert libère son siège à la CSSS, c’est probablement une socialiste romande qui lui succédera. La Vaudoise Rebecca Ruiz pourrait s’y intéresser. D’ailleurs, elle vient de reprendre de son collègue de parti la présidence de la Fédération romande des patients.

Le concerné lui-même avoue que les dossiers dont il a la charge sont complexes, avec beaucoup d’acteurs impliqués et souvent victimes d’une géométrie politique variable. Les domaines de la santé et des assurances exigent passablement de compétences et un réseau solide. «Mais nul n’est irremplaçable et mon départ, si je suis élu cet automne, donnerait l’occasion à d’autres de se profiler», estime-t-il.

Moment crucial pour la réforme des retraites

En attendant, il compte consacrer toute son énergie au projet de Prévoyance Vieillesse 2020. Le dossier entame une phase cruciale. Il est actuellement examiné par la commission du national, où la majorité de droite veut serrer la vis. Jean-François Steiert, responsable pour le PS des négociations avec les autres partis, espère pouvoir trouver des compromis. Il compte aller au bout de l’exercice avec le débat prévu au Conseil national en septembre et l’élimination des divergences en décembre. «A côté de la campagne pour les élections cantonales, ce sera ma priorité absolue», explique le candidat.

Maigre consolation pour le ministre socialiste Alain Berset. Avec le départ probable de Jean-François Steiert, ce n’est pas seulement un vieux camarade de parti qui abandonnerait la scène fédérale mais aussi un précieux allié sur ce dossier parmi d’autres concernant son département. Surtout qu’il a déjà perdu un partenaire fribourgeois en cours de route: le conseiller aux Etats PDC Urs Schwaller, personnalité politique influente, anciennement membre de la CSSS, convaincu que pour que Prévoyance Vieillesse 2020 ait une chance de passer la rampe, il fallait qu’il soit acceptable pour les citoyens, avec un juste équilibre des efforts à fournir. La droitisation du Parlement menace l’édifice et Alain Berset pourrait se sentir parfois bien seul.

Deux remplaçants mentionnés

Evidemment qu’un autre socialiste fribourgeois succéderait à Jean-François Steiert à Berne. La première des viennent-ensuite est Ursula Schneider-Schüttel, non réélue en octobre dernier. Ou encore le suivant David Bonny, ancien président du Grand Conseil. Mais elle pourrait aussi figurer sur la liste du PS, ainsi que David Bonny, ancien président du Grand Conseil. Ce sont en tout cas les deux noms qui circulent. «Notre stratégie est encore en discussion», annonce Benoît Piller, président de la section fribourgeoise. Une chose semble sûre, l’alliance de gauche avec les Verts et les chrétiens-sociaux sera reconduite. Mais avec combien de candidats sur la liste? Le PS est prêt à présenter trois si ce n’est quatre personnes, confirme Benoît Piller.