Vainqueur des élections régionales en Rhône-Alpes, l'ancien ministre socialiste Jean-Jack Queyranne a officiellement investi le fauteuil de président du Conseil régional vendredi 2 avril. Il a expliqué au Temps quels étaient les principaux projets que son équipe comptait mettre en œuvre, au cours des six années de son mandat, dans l'agglomération genevoise. Jean-Jack Queyranne se réjouit de constater que Genève est demandeur d'une collaboration avec Rhône-Alpes.

Le Temps: Rhône-Alpes est la deuxième région de France, aussi vaste que la Suisse. Quels sont les pôles économiques que vous souhaiteriez que le Conseil régional contribue à développer?

Jean-Jack Queyranne: Rhône-Alpes a une double force. D'abord son réseau de villes. Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Chambéry et Annecy ont longtemps été en compétition. Elles ont appris à collaborer. L'autre qualité de la région est son espace naturel. Il y a une grande diversité des territoires, un peu comme en Suisse. La force économique de Rhône-Alpes est de s'être lancée sur des créneaux nouveaux: le secteur énergétique, la nanotechnologie et la biotechnologie.

Nous envisageons de créer une agence pour l'innovation et le développement. Il faut favoriser les jeunes entreprises, aider les incubateurs à passer de la recherche fondamentale à l'application industrielle. Pour assurer le transfert de technologie, nous devons mettre les acteurs économiques en réseau. Il faut aussi accorder une attention aux filières traditionnelles, comme le textile, qui représente encore 40 000 emplois. Ce secteur, fortement ouvert à la concurrence, doit s'orienter vers les nouvelles technologies qui leur permettent de créer de nouveaux tissus. Rhône-Alpes est aussi la deuxième région touristique de France, grâce au massif alpin.

– Envisagez-vous de stimuler, sur les plans économique et de la recherche, les partenariats avec l'Arc lémanique?

– Je trouve que la région Rhône-Alpes n'est pas assez ouverte, ni vers les régions françaises proches ni vers les régions étrangères comme Genève, le Val d'Aoste et le Piémont. Il y a un travail de complémentarité à développer.

– La collaboration entre Rhône-Alpes et Genève pourrait s'articuler autour du projet Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA), puisque le transport ferroviaire relève directement de votre compétence. Quelle est votre position?

– On m'a dit, que côté suisse, la Confédération freinerait un peu le CEVA. C'est vrai? L'accord date quand même de plus d'un siècle. Le CEVA est un projet nécessaire pour désengorger la circulation automobile et qui servira aux deux pays. Je compte relancer ce projet côté français (ndlr: qui concernera l'aménagement et le doublement des 3 kilomètres de voies entre la frontière et Annemasse). On le fera très vite. C'est l'intérêt de Rhône-Alpes. C'est quand même absurde: on arrive à la frontière et on est obligé de prendre un bus ou le tramway genevois. Il faut que le rail devienne une alternative crédible, sinon les gens prendront leur voiture.

– A l'inverse, vous avez annoncé le désengagement financier de la région pour la construction de l'A41 entre Genève et Annecy…

– Nous avons une préférence pour un contournement de Cruseilles, où se pose le principal problème d'engorgement, et pour l'amélioration de la voirie existante. Faut-il réaliser un ouvrage coûteux, difficile d'insertion paysagère et qui sera payant? Essayons d'améliorer les liaisons existantes. Cela coûte trois fois moins cher, l'usage est gratuit et cela peut se faire beaucoup plus rapidement.

– Concernant le transport ferroviaire, allez-vous montrer autant de détermination pour le Lyon-Turin que la présidente sortante Anne-Marie Comparini?

– Tous les élus se sont battus pour contrecarrer le rapport des experts défavorable au Lyon-Turin. Je l'ai aussi fait à l'Assemblée nationale. J'attends les décisions du gouvernement français. Il est indispensable que le bouclage financier soit fait avant la fin de l'année, pour démarrer les travaux en 2007. On est en train de prendre du retard. Le sommet franco-italien a été ajourné. La région participera à la liaison entre Saint-Exupéry et l'entrée au tunnel de base de 52 km.

– Revenons en France voisine. On assiste à un exode de personnel qualifié vers Genève, ce qui a pour conséquence de provoquer dans certains secteurs une pénurie au Pays de Gex et en Haute-Savoie. Que peut faire la région en charge de la formation professionnelle?

– Je connais bien les problèmes des frontaliers parce que quand j'étais ministre des Relations avec le Parlement j'étais chargé de la ratification des accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne. Nous devons revoir les conventions de formation professionnelle, en insérant une obligation de travailler pendant une durée définie en France. Sinon, nous prenons en charge les coûts de formation sans retour.

Par ailleurs, face à la cherté et à la pénurie de terrains dans cette zone, Rhône-Alpes va mettre en place un établissement public foncier pour avoir une réserve.

– On entend dire que Rhône-Alpes n'a pas trop intérêt à développer le Genevois français, pour éviter que Genève ne fasse de la concurrence à Lyon. Le pensez-vous?

– Non. Je pense plutôt que Genève regarde désormais vers Lyon. Nous avons une grande proximité et une complémentarité. Par exemple, les rounds de négociations de l'«accord de Genève» concernant Israël et la Palestine se poursuivent à Lyon. J'ai eu l'occasion de rencontrer récemment Christian Ferrazino et Robert Cramer.

– Genève, qui devrait perdre Telecom, cherche de nouvelles manifestations. Lyon est aussi une place forte pour l'organisation d'expositions…

– Lyon n'est pas aussi bien. Votre palais des expositions est remarquable, car on atterrit et on peut y aller à pied.

– Que pensez-vous du gouvernement Raffarin III?

– La droite a subi un échec très lourd. Elle donne l'impression que c'est un orage et que tout ira mieux après la pluie. Le nouveau gouvernement ressemble à un jeu de chaises musicales. On prend les mêmes et on recommence à d'autres places.