Valais

Jean-Luc Addor sera jugé pour discrimination raciale

Le conseiller national sera renvoyé en jugement pour avoir écrit «on en redemande» dans les minutes qui ont suivi la fusillade de la mosquée de Saint-Gall

Le Ministère public valaisan ne commente pas. Dans un communiqué de presse laconique, il annonce ce vendredi que l’acte d’accusation du conseiller national Jean-Luc Addor a été déposé devant le Tribunal du district de Sion. Vice-président de l’UDC du Valais romand, le politicien est accusé de discrimination raciale. Dénoncé par le Conseil central islamique suisse (CCIS) de Nicolas Blancho, il sera jugé pour avoir tweeté «on en redemande» dans les minutes qui ont suivi la fusillade de la mosquée de Saint-Gall, au cours de laquelle un homme avait perdu la vie.

Le tweet date du 22 août 2014. Également partagé par le politicien sur Facebook, le message avait suscité de nombreuses réactions outrées. Président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) en Suisse, l’avocat Philippe Kenel s’était indigné: «Cette invitation à la haine et au crime est une attitude complètement irresponsable». Plaidant «l’ironie», Jean-Luc Addor s’était rapidement justifié en ligne, avant de s’expliquer dans les médias: «Je ne me réjouis pas de ce genre de nouvelles, mais je m’inquiète des événements liés à l’immigration».

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Avocat et ancien juge d’instruction, le politicien qui «lutte contre l’avancée de l’islam en terre chrétienne» a pour habitude de manier la provocation sur les réseaux sociaux, où il a longtemps arboré Charles Martel pour avatar. Un peu plus d’une semaine auparavant, il reprenait à son compte les propos d’un blogueur ouvertement islamophobe: «L’islam est une saloperie soutenue par des salauds traitres et collabos». Le 25 août 2014, le CCIS déposait une dénonciation pénale contre Jean-Luc Addor.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que le Ministère public veut se payer un élu UDC

Ce vendredi, dans un communiqué intitulé «le Ministère public valaisan fait le sale boulot des islamistes», l’UDC du Valais romand exprime tout son soutien au conseiller national. Pour les démocrates du centre, «la justice se fait complice d’une stratégie d’intimidation mise en place pour museler quiconque use de sa liberté de parole pour critiquer l’islamisme radical». Président du parti, Jérôme Desmeules dénonce un procès politique: «Quand je vois les moyens déployés pour une affaire d’aussi peu d’importance, je ne peux pas m’empêcher de penser que le Ministère public veut se payer un élu UDC».

Contacté, Jean-Luc Addor n’a pas répondu aux sollicitations du Temps. Pour son défenseur, Marc Bonnant, «une officine de mahométants instrumentalise la loi suisse, qu’elle ne respecte pas, pour intimer à un homme politique suisse ce qu’il doit penser». Dissertant sur la figure rhétorique de l’ironie, il soutient que son client a exprimé «le contraire de ce qu’il voulait dire». Contre les jurisprudences du Tribunal Fédéral, «évolutives», l’avocat considère que «la liberté d’expression, intemporelle et universelle, n’admet aucune limite».

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